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« On adorait y skier loin de la foule » : pourquoi les habitués du Dévoluy redoutent le passage du Tour de France 2026

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Le 24 juillet 2026, le peloton du Tour de France quittera Gap pour grimper le col Bayard puis le col du Noyer avant de plonger dans la vallée du Dévoluy, sur la route de l’Alpe d’Huez. Dès le départ, les coureurs grimperont le col Bayard (2e catégorie), avant de rejoindre le col du Noyer (1 664 m) par son versant est, le plus sélectif, avec une longue ascension de 22 km à près de 8 % de moyenne avant la descente vers la vallée du Dévoluy. Une échappée sportive spectaculaire sur le papier. Mais dans les chalets de Superdévoluy et de La Joue du Loup, l’enthousiasme n’est pas unanime.

Deux ans après avoir accueilli pour la première fois l’arrivée d’une étape, en 2024, le massif haut-alpin retrouve la Grande Boucle. Cette fois, pas d’arrivée : juste un passage, via le col mythique qui sépare le Champsaur du Dévoluy. Le Col du Noyer est plus isolé, plus sauvage. Il relie le Champsaur au Dévoluy par la D17T, une route fermée quasi six mois par an à cause de la neige. Une route étroite, encaissée, qui n’a jamais été pensée pour absorber des dizaines de milliers de spectateurs en une seule journée de juillet.

À retenir

  • Une station alpine historiquement fondée sur le calme et l’isolement fait face à un dilemme existentiel
  • L’expérience de 2024 a montré l’ampleur des perturbations logistiques et de circulation
  • Les élus voient une opportunité médiatique tandis que les visiteurs réguliers craignent la disparition de leur refuge

Un massif qui a bâti sa réputation sur le calme

Ce qui fait la valeur du Dévoluy, ce n’est pas sa taille. Avec une centaine de kilomètres de pistes reliant Superdévoluy et La Joue du Loup, la station reste modeste comparée aux mastodontes savoyards. Sa force, c’est ailleurs : des routes désertes, un silence qui s’installe dès la tombée du jour, une clientèle familiale qui revient d’année en année parce qu’elle y trouve exactement ce qu’elle ne trouve plus ailleurs. Dès que la neige a fondu, rouler dans le Dévoluy est synonyme d’itinéraires peu fréquentés sur des routes presque parfaites. Les cyclotouristes qui gravissent le col du Noyer chaque été le savent bien : le col du Noyer est souvent apprécié pour son environnement plus calme que d’autres grands cols alpins, avec une circulation limitée et une sensation plus préservée.

Cette tranquillité n’est pas un hasard. Elle résulte d’un choix d’aménagement vieux de soixante ans. Le fondateur de la station, l’architecte Henry Bernard, avait imaginé un bâtiment compact pour limiter l’empreinte au sol. Le vacancier abandonne sa voiture à l’entrée de la station : il se déplace à pied dans le périmètre réduit de la résidence, à skis dans l’espace infini du domaine skiable. Un urbanisme pensé contre la voiture et la foule, à contre-courant de ce que le Tour de France impose le jour de son passage : des kilomètres de véhicules techniques, des campings-cars stationnés des jours à l’avance, des cars de télévision et une caravane publicitaire qui précède le peloton d’une à deux heures.

2024, un premier avant-goût grandeur nature

Il y a deux ans, l’expérience avait déjà donné le ton. Pour la première arrivée d’étape de son histoire, la commune avait dû fermer totalement la circulation motorisée le jour J, avec des navettes organisées entre les deux stations. Aucune circulation motorisée n’est autorisée le 17 juillet. Des navettes permettent de relier la Joue-du-Loup et Superdévoluy, de 7 à 12 heures puis de 19 à 0 h 30. Une logistique lourde, pour une commune habituée à un rythme bien plus feutré.

Côté élus, le bilan avait pourtant été jugé sans appel. La maire du Dévoluy, Alexandra Butel, avait salué une exposition inédite pour son territoire : « Ce qui est sûr, c’est que c’est une visibilité internationale. Donc ça nous fait une publicité qu’on ne peut même pas la quantifier », avait-elle expliqué avant de poursuivre. Un raisonnement logique du point de vue économique, surtout à l’heure où avec le réchauffement climatique, la montagne se positionne de plus en plus sur le tourisme estival et le Tour de France est la plus belle des vitrines. Mais c’est précisément cette logique de vitrine qui inquiète les habitués : plus de visibilité rime, presque mécaniquement, avec plus de visiteurs, donc moins de cette solitude alpine qu’ils étaient venus chercher, hiver comme été.

Le dilemme des stations moyennes face à la Grande Boucle

Le Dévoluy n’est pas un cas isolé. Ailleurs dans les Alpes, le débat prend une tournure plus vive encore. Une pétition a récemment circulé contre le passage prévu par le Tour au col de Sarenne, dans une vallée jugée particulièrement préservée. Son initiateur dénonce la foule attendue sur le versant le plus sauvage de la route, qui pourrait réunir plusieurs milliers de spectateurs, s’entassant dans la vallée habituellement peuplée de marmottes, de renards, de chamois, de gypaètes. Le Dévoluy n’en est pas là : il ne s’agit que d’un col traversé, pas d’une arrivée d’étape en plein cœur d’un site classé. Mais l’inquiétude de fond reste la même, celle d’un territoire rural qui doit composer, en quelques heures, avec une affluence dix ou vingt fois supérieure à sa fréquentation habituelle un jour de juillet.

Pour les commerçants et hébergeurs, la perspective reste séduisante : une journée de retombées médiatiques vaut parfois plus qu’une campagne publicitaire de plusieurs mois. Pour les randonneurs et les cyclotouristes qui reviennent chaque année précisément parce que le col du Noyer n’est « pas ultra fréquenté », le calcul est inversé. Reste une question que la station devra trancher dans les prochaines années : comment capitaliser sur cette exposition sans finir par abîmer, à petit feu, ce qui la rendait justement désirable.