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« On y allait pour Angkor, on est resté pour tout le reste » : ce que découvrent les voyageurs qui s’attardent à Siem Reap

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Le sable au sommet d’Angkor Wat n’a même pas eu le temps de sécher sous les sandales des visiteurs que déjà, beaucoup d’entre eux remballent leurs bagages en pensant avoir « fait » Siem Reap. Erreur de calcul. Ceux qui restent trois, quatre, parfois sept jours de plus racontent presque tous la même chose : la ville cambodgienne cachait un deuxième voyage derrière le premier, fait de rizières, de bars à cocktails inattendus et d’ateliers d’artisans qui n’ont rien à envier aux temples millénaires.

À retenir

  • Pourquoi presque tous les visiteurs qui restent 3-4 jours de plus font la même découverte
  • La zone rurale et les villages flottants que 80% des touristes ne voient jamais
  • Comment une ville autrefois dépendante d’un seul site tente de se réinventer

Une campagne qui vaut le détour, littéralement

La plupart des touristes filent d’un temple à l’autre sans jamais quitter le bitume. C’est justement l’erreur que pointent les guides locaux installés depuis des années sur place. La campagne autour de Siem Reap vaut selon eux l’équivalent de ce qui se trouve à l’intérieur des murs des temples, et presque aucun voyageur indépendant n’y met les pieds, car il faut connaître les pistes pour s’y aventurer. On y roule à travers les rizières, on s’arrête dans une pagode où les familles viennent prier pour la santé ou un bon mariage, loin des circuits balisés.

Le lac Tonlé Sap, le plus grand lac d’eau douce d’Asie du Sud-Est, complète ce tableau rural avec ses villages flottants. Et pour ceux qui veulent prendre de la hauteur, littéralement, direction Phnom Krom, une colline surplombant le lac. Cet endroit compte parmi les meilleurs de Siem Reap pour profiter d’un coucher de soleil paisible sur le Tonlé Sap et la campagne environnante, beaucoup plus tranquille que le célèbre Phnom Bakheng et fréquenté surtout par des locaux.

Plus loin, à cinquante kilomètres au nord, Phnom Kulen mérite sa réputation de montagne sacrée. Considérée comme le site le plus sacré du Cambodge, c’est là que le roi Jayavarman II aurait proclamé l’indépendance en 802 et fondé l’empire khmer ; le parc national réunit la rivière aux mille lingams sculptés dans la roche, un bouddha couché de neuf mètres et une cascade à deux niveaux où les habitants viennent se baigner le week-end. Compter une journée entière pour ce site, accessible uniquement en voiture privée tant la dernière portion de route est accidentée.

Ateliers, cirque social et gastronomie qui monte en gamme

Le vrai basculement se produit souvent en fin d’après-midi, chez Artisans Angkor. Ce n’est pas une simple boutique de souvenirs. L’organisation forme des jeunes issus des provinces rurales aux savoir-faire qui avaient presque disparu sous les Khmers rouges, notamment le tissage de la soie, le travail de la laque, la sculpture sur pierre et l’orfèvrerie ; on traverse des ateliers ouverts où l’on regarde un bloc de grès ou un fil de soie devenir un objet, à quelques dizaines de centimètres des artisans, et la boutique attenante reste l’un des meilleurs endroits du Cambodge pour rapporter un souvenir. Un conseil glané auprès des habitués : mieux vaut arriver avant 16h30, sous peine de ne voir que la boutique, les ateliers tournant déjà au ralenti.

Le soir venu, un autre spectacle attend les voyageurs curieux : celui de la troupe Phare. Au-delà de la performance artistique, il s’agit avant tout d’une aventure sociale et solidaire, puisque tous les artistes sont issus d’une ONG qui forme gratuitement des jeunes défavorisés aux arts visuels et au spectacle vivant, chaque billet acheté contribuant à soutenir ce projet. Côté assiette, la ville a clairement changé de standing ces dernières années. Le quartier de Wat Bo, jusque-là discret, est devenu une alternative crédible à l’agitation de Pub Street. Ce quartier continue de se développer avec de nouveaux cafés et restaurants, rivalisant avec la zone très fréquentée de Pub Street, et combine désormais nouveaux établissements, hébergements de qualité et bords de rivière agréables. Un bar en particulier fait parler de lui parmi les résidents étrangers de longue date : Calao, ouvert fin 2025, est devenu l’adresse recommandée par les connaisseurs pour un cocktail vraiment bien préparé, loin du tumulte des rues les plus touristiques.

Impossible également d’ignorer Road 60, la rue où la ville locale mange une fois le travail terminé, ou encore la Route 26 et les ruelles autour du vieux marché, réputées pour avoir bien plus de caractère que l’axe principal noyé sous les néons. Ajoutez à cela un musée national bien conçu pour comprendre l’histoire khmère avant ou après les temples, et le tableau d’une ville qui a largement dépassé son statut de simple porte d’entrée commence à se dessiner.

Une ville qui mise sciemment sur l’après-Angkor

Ce glissement n’a rien d’un hasard. Les autorités locales et les investisseurs l’ont bien compris : miser uniquement sur les temples est risqué. Siem Reap a longtemps vécu dans l’ombre du parc archéologique d’Angkor, drainant des millions de visiteurs dont les itinéraires ne dépassaient guère le lever de soleil sur Angkor Wat et une soirée sur Pub Street, alors même que le tourisme national a généré plus de 3,6 milliards de dollars en 2024 avec des arrivées internationales en hausse. Le problème, c’est que les séjours restent courts et très centrés sur les temples, ce qui rend la ville vulnérable au moindre choc.

Et des chocs, il y en a eu. Les événements de 2025 ont rappelé à quel point une économie dépendante du tourisme peut être fragile, les fermetures de frontières et les avis de voyage liés aux tensions avec la Thaïlande ayant entraîné de fortes chutes du nombre de visiteurs à Siem Reap, en particulier chez les voyageurs terrestres. Résultat : la ville accélère sa diversification. Un nouvel aéroport a changé la donne côté connectivité aérienne. L’aéroport international Siem Reap-Angkor, financé par la Chine, a débuté ses opérations en 2023 à environ 40 kilomètres des temples, en remplacement de l’ancien terrain d’aviation plus proche du centre-ville, conçu pour accueillir des avions plus gros et un trafic passagers croissant, reliant Siem Reap plus directement aux marchés régionaux d’Asie de l’Est.

En parallèle, des projets d’aménagement urbain cherchent à retenir les touristes en ville plutôt que de les voir filer vers les temples matin et soir. Des initiatives le long de la rivière Siem Reap visent à créer des corridors verts, des pistes cyclables et des espaces publics susceptibles d’inciter les visiteurs à passer plus de temps dans la ville elle-même plutôt que de simplement faire des allers-retours pour les visites de temples. Côté loisirs, une nouvelle génération d’attractions a vu le jour pour occuper les journées entre deux temples : un aquarium d’eau salée et d’eau douce, une grande roue de 85 mètres surplombant la ville, un parcours de tyrolienne familial au sein même du parc archéologique et un ballon captif offrant une vue à 360 degrés sur Angkor Wat et la campagne environnante figurent désormais parmi les options proposées aux visiteurs qui s’attardent.

Le pari est clair : transformer une escale de deux jours en séjour d’une semaine. Un chiffre donne la mesure de l’enjeu économique local. En 2018, les temples d’Angkor avaient accueilli environ 2,6 millions de visiteurs, et l’on estime qu’environ 80 % des emplois de Siem Reap dépendent du secteur touristique. Autant dire que chaque nuit supplémentaire passée en ville, entre un cours de cuisine khmère et une balade à vélo dans les rizières, pèse directement sur le quotidien de milliers de familles qui, elles, n’ont jamais eu la possibilité de repartir après le lever du soleil sur les cinq tours d’Angkor Wat.