Vingt ans à traverser les Pyrénées chaque juillet, direction la Costa Brava ou les Cinque Terre. Cet été, cette habitude s’effrite. Selon le baromètre Europ Assistance-Ipsos 2026, près d’un Français sur deux (49%) passera une partie de ses vacances hors de France, soit une baisse de 15 points par rapport à l’an dernier. Un basculement net, qui ne doit rien au hasard : il croise une crispation budgétaire durable et un climat international jugé plus instable.
Le mécanisme n’a rien de mystérieux une fois qu’on regarde les chiffres de près. Sous l’effet conjugué des tensions internationales et de la contrainte budgétaire, les Français privilégient davantage les séjours dans l’Hexagone. Une responsable d’Ipsos résume la situation ainsi : « En France, le désir de partir reste intact, mais les arbitrages évoluent clairement ». l’envie de voyager n’a pas disparu. Ce sont les moyens et le contexte qui poussent à revoir la carte.
À retenir
- Presque un Français sur deux renonce à partir à l’étranger cet été : un revirement massif en un an
- Le budget moyen des vacances a chuté de 150€ : comment les Français réinventent leurs séjours
- Montagne, camping, hébergement gratuit : les nouvelles tendances qui font oublier la Costa Brava
Sommaire
Le budget, premier frein aux frontières
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’enquête Ifop menée pour Alliance France Tourisme révèle que 68% des Français prévoient de partir au moins une semaine, soit une baisse de 9 points par rapport à 2025 (77%). Plus frappant encore : seuls 37% se déclarent certains de partir, contre 50% l’an dernier, traduisant une montée de l’incertitude. On n’annule pas ses vacances, mais on hésite. On attend. On regarde son compte en banque avant de regarder les prix des billets d’avion.
Le porte-monnaie, justement, se resserre nettement. Le budget moyen s’établit ainsi à 1530€, en baisse d’environ 150€ en un an, confirmant un resserrement global des capacités de dépense. Cofidis, de son côté, avance un chiffre légèrement supérieur mais tout aussi révélateur : un budget moyen prévu par les Français au plus bas depuis 2022, à 1748 euros. Deux instituts, deux méthodologies, un même constat : l’arbitrage se fait sur le portefeuille, pas sur l’envie.
Ce resserrement passe aussi par des choix très concrets. Près de la moitié d’entre eux (48 %) prévoient de cuisiner davantage plutôt que d’aller au restaurant, tandis que 41 % privilégieront des activités gratuites ou peu coûteuses. Le carburant joue un rôle à part entière dans cette équation : la hausse du prix des carburants influence le choix de destination de 64 % des futurs vacanciers et pousse 61 % d’entre eux à envisager des séjours plus proches de leur domicile. Prendre l’avion pour l’Andalousie coûte cher. Prendre la voiture pour les Landes, beaucoup moins.
L’Hexagone regagne du terrain, région par région
Ce recentrage se lit clairement dans la répartition géographique des séjours. 68 % des Français passeront au moins une partie de leurs vacances en France. Sans surprise, le littoral garde la cote : les Français se distinguent de leurs voisins européens par leurs préférences : 67 % privilégient le littoral (contre 62 % en Europe). La Provence-Alpes-Côte d’Azur reste en tête, mais elle n’est plus seule sur le podium. La Provence-Alpes-Côte d’Azur arrive largement en tête, avec 20% des voyageurs français qui prévoient de s’y rendre cet été, malgré un recul de 6 points. L’Occitanie et la Bretagne se partagent la deuxième place à 16% chacune, en baisse équivalente de 6 points. L’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine complètent le classement, à 14% chacune.
Un détail mérite d’être souligné : la montagne d’été séduit de plus en plus. Selon les professionnels du secteur, la France elle-même progresse (+6,1 % de voyageurs), notamment grâce aux moyennes montagnes qui attirent par leurs températures plus douces, leurs prix attractifs et leurs nombreuses activités. Un massif qui a longtemps vécu de la neige trouve désormais un second souffle avec des vacanciers qui fuient la chaleur des plaines et les prix du littoral. Un rééquilibrage saisonnier qui n’était pas franchement prévisible il y a dix ans.
Hébergement gratuit, camping et système D
Autre signal fort : la manière de se loger change en profondeur. L’enquête Alliance France Tourisme note que le recours à l’hébergement gratuit progresse fortement, traduisant un repli vers des solutions de proximité : il passe de 22% à 32% pour les courts séjours, et de 20% à 31% pour les longs séjours. Chez tante Ginette ou chez des amis, plutôt qu’à l’hôtel. Le camping profite lui aussi de ce mouvement, avec une progression, comme le camping, en forte progression (17% à 27%).
Ce phénomène touche particulièrement les agents publics. Une étude Ifop pour Alliance France Tourisme, publiée début juillet, montre que 82% des fonctionnaires français prévoient de partir en vacances cet été, contre seulement 68% de la population générale. Mais ce taux élevé cache une réalité budgétaire tendue : 20% des vacanciers fonctionnaires optent pour l’hébergement gratuit chez des proches. De plus, 71% privilégient l’Hexagone comme destination, limitant les frais de transport. La secrétaire générale de l’Alliance France Tourisme, Leslie Rival, résume ce mode de fonctionnement : les agents publics sont « beaucoup plus système D, partent en vacances chez les amis ou dans la famille. Ils ont des modes d’hébergement qui sont moins chers, voire gratuits ».
L’Espagne et l’Italie n’ont pourtant pas disparu de la carte
Attention à ne pas caricaturer la tendance. Ces deux destinations gardent une force d’attraction réelle. Selon Air Journal, l’Espagne reste la destination numéro un pour les vacanciers français. La Grèce, la Tunisie et l’Italie figurent également parmi les favorites. Le baromètre Ipsos confirme d’ailleurs que ce podium n’a pas bougé depuis trois ans : le top 4 des destinations reste inchangé depuis trois ans – Italie 10%, Espagne 9%, Grèce 5% et Portugal (3%). A noter également que les Etats-Unis sortent du top 5 (1%), désormais remplacés par le Canada (3%). Ce qui recule, ce n’est pas le désir pour ces pays, c’est la part des Français qui peuvent s’y rendre.
Les professionnels du voyage évoquent un été « en recomposition ». Le président du Syndicat des entreprises du Tour Operating l’a formulé sans détour : « L’année 2025 a été une bonne année, un bel été. 2026 ne sera pas à la hauteur ». Il pointe des réservations estivales des membres du SETO qui ont reculé de 6,7 % sur un an à fin mai, après un bon démarrage interrompu par le conflit en Iran. Les vacanciers, eux, ne renoncent pas au voyage. Ils attendent, comparent, guettent la promo de dernière minute. Un comportement attentiste qui traduit moins un désamour pour l’étranger qu’une gestion plus serrée du budget familial, arbitrage après arbitrage.
Reste une question que peu de baromètres posent frontalement : ce recentrage vers la France, motivé par la contrainte, va-t-il durablement changer les habitudes de vacances des ménages, ou n’est-il qu’un accident conjoncturel appelé à s’effacer dès que le pouvoir d’achat remontera ? Le financement de ces séjours donne un indice. 86% des Français financent leurs vacances par leur épargne, tandis que les autres modes de financement restent marginaux. Tant que cette épargne suffira à couvrir un été, même modeste, en France, la Costa Brava et les Cinque Terre resteront des projets. Pas forcément des réservations.
Source : air-journal.fr
