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J’ai découvert ce sentier de randonnée par hasard et je ne retournerai plus jamais sur les chemins bondés des calanques

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Trois millions de visiteurs par an, des files d’attente au col de Sugiton dès 9 heures du matin, un parking saturé avant même le lever du soleil : voilà le quotidien estival des calanques les plus connues de Marseille. Et puis il y a cet autre sentier, celui que j’ai emprunté un peu par erreur un matin de septembre, en cherchant un raccourci sur une carte IGN mal lue. Résultat ? Deux heures de marche sans croiser âme qui vive, entre garrigue odorante et falaises abruptes plongeant dans une mer presque déserte. Depuis, impossible de retourner sur les sentiers bondés d’En-Vau ou de Sormiou sans un pincement de nostalgie pour cette solitude retrouvée.

À retenir

  • Les calanques emblématiques accueillent 3 millions de visiteurs par an : comment le Parc national tente de reprendre le contrôle ?
  • Un sentier côtier existe où presque personne ne va : mais pourquoi reste-t-il si secret ?
  • Timing et saison : les deux facteurs qui changent tout pour une randonnée tranquille

La saturation des calanques, un problème devenu structurel

Le chiffre donne le vertige : les calanques attirent environ 3 millions de visiteurs chaque année. Un afflux concentré sur quelques sentiers emblématiques, avec des conséquences bien visibles sur le terrain. À Sugiton, l’un des sites les plus touchés, la surfréquentation en été atteint des pics observés de 2 500 visiteurs par jour. Une pression qui ne reste pas sans conséquence sur les milieux naturels : cette surfréquentation provoque un phénomène d’érosion très marquée, sous l’effet des pas répétés des visiteurs, la terre glisse en direction de la plage. Les arbres eux-mêmes en paient le prix, puisque cette disparition du sol menace la pinède, les racines des vieux arbres sont mises à nu et les jeunes végétaux ne peuvent plus pousser.

Face à ce constat, le Parc national des Calanques a instauré un système de réservation obligatoire dès l’été 2022. Depuis l’été 2022, l’accès au sentier menant à la calanque de Sugiton est soumis à un quota strict, ce site saturé en été par jusqu’à 3 000 visiteurs par jour a vu sa fréquentation divisée par sept. Un basculement radical, qui a d’ailleurs été reconduit : le conseil d’administration du Parc national a décidé de reconduire la mesure jusqu’à 2027. Pour l’été 2026, le calendrier des restrictions est déjà fixé, puisque la réservation s’applique les 20 et 21 juin, tous les jours du 27 juin au 30 août, les 5 et 6 septembre, les 12 et 13 septembre. Autant dire que la spontanéité n’a plus vraiment sa place sur ce sentier-là.

Le paradoxe, c’est que cette contrainte a fini par améliorer l’expérience de ceux qui s’y plient. Les visiteurs ont apprécié de redécouvrir la calanque dans des conditions apaisées, un retour inattendu : contraindre l’accès améliore l’expérience. Mais tout le monde n’a pas envie de réserver un créneau des mois à l’avance pour une balade d’une demi-journée. C’est précisément ce qui m’a poussé à chercher ailleurs.

Un sentier côtier que personne ne semble connaître

Direction la Côte Bleue, à l’ouest de Marseille, loin du triangle touristique Sormiou-Morgiou-Sugiton. Le point de départ se situe du côté de Niolon ou du Port de Méjean, deux hameaux discrets accessibles en train régional. Là, on rejoint le sentier des Douaniers, ce GR51 qui longe la côte et mène vers la calanque de l’Érevine, une calanque sauvage et préservée de la Côte Bleue, célèbre pour son eau turquoise, accessible après une randonnée panoramique le long du sentier des Douaniers. Aucune réservation à faire, aucun quota à respecter : juste un sentier qui serpente entre pinèdes et falaises, avec la mer en contrebas pour seule compagnie.

Ce qui frappe d’abord, c’est le silence. Pas celui d’un lieu abandonné, mais celui d’un espace où la nature n’a pas encore été façonnée par le passage de milliers de chaussures de randonnée. Les criques y sont plus étroites, moins spectaculaires peut-être que les 200 mètres de falaises calcaires d’En-Vau, mais infiniment plus intimes. On y croise parfois un pêcheur local, rarement un groupe de touristes.

Pour ceux qui préfèrent rester côté Marseilleveyre, une autre option existe. Le sentier menant à la calanque de Marseilleveyre, moins fréquenté, dévoile ses charmes à ceux qui acceptent l’effort d’une marche plus technique. Un compromis intéressant pour qui veut rester dans le périmètre du parc national tout en évitant les foules des sites les plus médiatisés. À La Ciotat, la calanque de Figuerolles offre elle aussi une alternative accessible : une calanque pittoresque et moins fréquentée, offrant une plage de galets bordée de falaises de poudingue ocre et rouge, accessible au départ du centre-ville.

Ce que j’ai appris en changeant de sentier

La leçon la plus utile de cette découverte tient en une phrase : la meilleure calanque n’est pas forcément la plus célèbre, mais celle où l’on peut encore marcher sans jouer des coudes. J’ai longtemps cru que le charme des calanques résidait uniquement dans leurs falaises blanches et leur eau turquoise. En réalité, une bonne partie de cette magie tient à la tranquillité du lieu, un ingrédient devenu rare sur les sentiers principaux.

Concrètement, deux réflexes changent tout. D’abord le timing : un départ à l’aube, être au parking à 7h30 un samedi, car après 10h, c’est la cohue, reste valable même sur les sentiers alternatifs, où la fraîcheur matinale sublime les couleurs de la garrigue. Ensuite la saison : si l’on cherche à éviter les foules, l’idéal est de randonner tôt le matin ou pendant les saisons plus fraîches comme le printemps ou l’automne, quand la chaleur est plus supportable et que les sentiers se vident naturellement.

Il faut aussi accepter une réalité moins glamour : ces sentiers méconnus le restent souvent parce qu’ils sont plus exigeants techniquement, avec des passages rocheux, des dénivelés plus marqués ou un balisage plus discret. Rien d’insurmontable avec de bonnes chaussures et un peu d’eau, mais l’improvisation n’est pas de mise. La bonne nouvelle, c’est que le mouvement de rééquilibrage des flux touristiques ne se limite plus à Marseille. D’autres massifs français appliquent la même logique de dispersion, comme le confirme le Parc national des Écrins qui agit sur la répartition des flux par le balisage, l’information et la promotion d’itinéraires alternatifs pour éviter la saturation de certains refuges et vallées. Une philosophie qui, à terme, pourrait bien redessiner la façon dont on explore le littoral méditerranéen tout entier.