Dix minutes. C’est le temps qu’il faut pour glisser de Sulzano à un monde qui n’a rien à voir avec les embouteillages de bateaux-taxis de Bellagio. La traversée mène à Monte Isola, sur le lac d’Iseo, un bout d’Italie resté étrangement épargné par la ruée touristique qui étouffe ses voisins plus célèbres. Une fois posé le pied sur ce caillou vert planté au milieu de l’eau, difficile de revenir en arrière : le lac de Côme paraît soudain bruyant, saturé, presque caricatural.
À retenir
- Un ferry de 10 minutes relie Sulzano à un monde complètement différent du lac de Côme surpeuplé
- Monte Isola cache un détail révolutionnaire que peu de destinations lacustres peuvent se vanter de posséder
- Les habitants y vivent encore comme avant, sans que leur quotidien ne soit transformé en décor touristique
Sommaire
Sulzano, la porte discrète vers l’île la plus haute d’Europe
Sulzano, situé sur la rive orientale du lac d’Iseo, est le principal point d’embarquement vers Monte Isola. Le village en lui-même n’a rien d’extraordinaire, quelques restaurants, une épicerie, une petite boulangerie pour préparer son pique-nique, mais ce n’est pas ce qu’on vient y chercher. On y vient pour le ferry, et pour la vue qui s’offre depuis le quai avant même d’embarquer. Les compagnies locales assurent des rotations très fréquentes, avec des départs presque toutes les vingt minutes selon les périodes, et la traversée la plus courte se boucle en une dizaine de minutes à peine.
Sulzano a d’ailleurs connu son quart d’heure de célébrité mondiale bien avant que les voyageurs ne redécouvrent le lac d’Iseo. Le village a gagné une attention internationale en 2016 en tant que point de départ de l’installation artistique de Christo, The Floating Piers. Des passerelles flottantes recouvertes de tissu orange, posées sur l’eau pendant quelques semaines seulement, avaient attiré des centaines de milliers de curieux. L’œuvre a disparu, mais elle a laissé quelque chose : une notoriété discrète, sans jamais transformer le lac en parc d’attractions.
Monte Isola, la géante inattendue du lac d’Iseo
Ce qui frappe en arrivant sur l’île, c’est d’abord son échelle. Avec sa superficie de 12,8 kilomètres carrés, elle s’impose comme la plus grande île lacustre habitée d’Europe, un écrin naturel et culturel qui s’est hissé au troisième rang du concours European Best Destination en 2019. Rien à voir, donc, avec un simple îlot pittoresque : on parle ici d’un véritable territoire, avec ses propres hameaux, sa propre vie, presque sa propre temporalité.
Monte Isola compte une population de 1 811 habitants qui vivent dans 11 hameaux pittoresques, dispersés autour d’un sommet qui culmine étonnamment haut pour une île lacustre. Elle culmine à 600 mètres, avec le sanctuaire de la « Madone de la Ceriola », qui surplombe le lac de 400 mètres. Grimper jusqu’à ce sanctuaire, à pied ou en minibus local, offre un panorama à 360 degrés sur l’ensemble du lac d’Iseo, un point de vue que peu de destinations lacustres italiennes peuvent revendiquer avec un tel dénivelé accessible en quelques heures de marche.
Le détail qui change tout : aucune voiture ne circule sur l’île. Seuls les véhicules d’utilité publique y sont autorisés, ce qui laisse les ruelles aux piétons, aux cyclistes et à quelques scooters électriques municipaux. On marche, on flâne, on s’arrête regarder les pêcheurs réparer leurs filets sans jamais devoir se coller contre un mur pour laisser passer un bus de tourisme. C’est peut-être ça, la vraie différence avec Côme : ici, personne ne pose pour Instagram devant une Ferrari de location.
Pourquoi la comparaison avec le lac de Côme tourne court
Le lac de Côme a construit sa légende sur le glamour, les villas de stars et les foules qui débarquent chaque été pour tenter d’apercevoir une célébrité depuis un bateau. Le lac d’Iseo joue une autre partition. Le Sebino possède un atout que nul autre lac alpin ne peut revendiquer : Monte Isola, la plus grande île lacustre habitée d’Europe. Cette singularité géographique suffit à elle seule à justifier le détour, mais elle s’accompagne d’une fréquentation nettement plus raisonnable.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, même sans nécessiter de calculatrice sophistiquée. Le nombre de visiteurs reste largement inférieur à celui de Côme ou de Garde, et l’ambiance générale tranche avec ce que vivent les touristes à Bellagio ou à Sirmione, où les habitants finissent par se sentir étrangers chez eux pendant la haute saison. Sur Monte Isola, on croise encore des habitants qui vaquent à leurs occupations sans se soucier des objectifs braqués sur eux, des oliveraies cultivées depuis des générations, une vie de village qui n’a pas été entièrement reconvertie en décor pour cartes postales.
Le lac d’Iseo lui-même reste modeste en taille, ce qui explique en partie pourquoi il échappe encore aux radars du tourisme de masse. Avec une superficie de 65 km2, il contient la plus grande île lacustre d’Europe, Monte Isola, et est situé entre les lacs de Côme et de Garde, à environ une heure de route de Milan. il n’est ni isolé ni difficile d’accès, mais reste encore relativement épargné, comme si sa proximité avec des géants touristiques le rendait paradoxalement invisible.
Ce qu’on emporte vraiment de cette traversée
La gastronomie locale ajoute une raison supplémentaire de préférer cette escapade à un weekend classique sur les rives comasques. Les restaurants proposent la spécialité de l’île, des sardines grillées, en réalité des aloses et des ablettes séchées au soleil pendant dix jours, marinées dans l’huile puis grillées. Un plat qu’on ne trouve nulle part ailleurs sous cette forme précise, préparé selon une méthode transmise depuis des générations de pêcheurs.
Reste une question pratique à ne pas négliger avant de s’y rendre : en pleine saison estivale, certaines liaisons directes entre Sulzano et les hameaux de l’île comme Peschiera Maraglio se réservent uniquement pour des groupes d’au moins vingt personnes, les voyageurs individuels devant alors se rabattre sur d’autres rotations ou acheter leur billet directement sur place. Un détail qui mérite d’être vérifié avant de faire le déplacement, histoire de ne pas attendre sur le quai pendant que d’autres embarquent tranquillement pour leurs dix minutes de traversée vers l’île sans voiture.
Sources : italien.expert | assistance-demarches.fr
