Paris vide en été ? Un cliché qui a la vie dure. Pendant les mois de juillet et août 2025, la capitale a multiplié les propositions gratuites ou presque, souvent ignorées par ceux qui pensent devoir fuir vers la mer pour s’occuper. La preuve la plus spectaculaire : pour la première fois depuis un siècle, il a été possible de nager dans la Seine en plein cœur de Paris.
À retenir
- Qu’a-t-il de spectaculaire à faire à Paris que même les habitants ne connaissent pas ?
- Pourquoi des milliers de personnes ignoraient-elles que la baignade était devenue gratuite en plein cœur de Paris ?
- Quels lieux secrets de la capitale restent vides alors que les touristes font la queue ailleurs ?
Sommaire
La Seine devient une vraie plage, et presque personne n’en parle assez
C’est sans doute la nouveauté qui a le plus marqué l’été parisien. L’édition 2025 de Paris Plages a marqué une avancée attendue de longue date avec le grand retour de la baignade publique dans la Seine, après les Jeux olympiques de 2024 qui ont vu des athlètes nager dans le fleuve lors du triathlon. Trois sites ont ouvert leurs portes : au niveau de la passerelle Simone-de-Beauvoir en contrebas du parc de Bercy, dans le bras de Grenelle entre le port de Grenelle et l’île aux Cygnes, et dans le bras Marie en prolongement de Paris Plages.
Le site de Bercy, en particulier, méritait le détour. Situé à proximité immédiate de la Bibliothèque nationale de France, en contrebas du parc de Bercy, il a accueilli tout l’été deux espaces de baignade gratuits et un solarium en accès libre. Aucune réservation, aucun ticket à sortir : juste un bonnet de bain (obligatoire, comme partout ailleurs à Paris Plages) et l’envie de se jeter à l’eau face à des monuments qu’on ne regarde d’habitude que depuis un pont.
Le bras Marie, lui, joue la carte de l’intimité historique. Situé au pied du pont de Sully, face à l’île Saint-Louis, ce site invite à profiter pleinement de la proximité immédiate avec Paris Plages. J’y suis retournée trois fois en août, toujours surprise de croiser aussi peu de monde comparé aux quais bondés du centre. Ce n’est pas un hasard : la plupart des Parisiens ignoraient encore, fin juillet, que cette baignade existait vraiment.
Paris Plages, bien plus qu’une plage de sable et des transats
On réduit trop souvent Paris Plages à son décor de carte postale (palmiers, chaises longues, glaces à la vanille). Or le programme cachait des activités beaucoup plus originales, souvent gratuites, que peu de visiteurs pensent à exploiter. Au Bassin de la Villette par exemple, le bassin proposait une tyrolienne gratuite pour traverser l’eau dès 7 ans, tous les jours de 13h à 19h, ainsi qu’un carrousel gratuit pour les enfants de 2 à 12 ans. Une tyrolienne urbaine, gratuite, en plein Paris : voilà le genre de détail qui ne figure sur aucun guide touristique classique.
L’édition 2025 avait également fait le choix d’un thème fort avec la Saison France-Brésil, célébrant une promesse vieille de 100 ans rendue possible grâce aux JO de Paris 2024, avec de nouveaux spots accessibles en baignade fluviale dès fin juin. Concrètement, cela s’est traduit par des soirées de cinéma en plein air à thématique brésilienne sur les quais. Trois soirées de cinéma en plein air à thème brésilien ont ainsi été proposées gratuitement sur le Quai des Célestins, à partir de 20h15, un rendez-vous que même certains habitants du quartier n’ont découvert que par hasard, en rentrant du travail un soir d’août.
Autre pépite : le parvis de l’Hôtel de Ville. Il a été transformé en terrains de beach-volley accessibles gratuitement, tous les jours de 13h à 19h, avec de la restauration brésilienne sur place. Un mardi soir ordinaire, j’ai vu des collègues de bureau enchaîner un match improvisé après leur journée, en costume-cravate roulé jusqu’aux genoux. Ce genre de scène résume assez bien ce que Paris peut offrir l’été : de l’improvisation, gratuite, à deux pas du métro.
Les activités qu’on oublie de chercher : parcs nocturnes, kiosques et bibliothèques en plein air
Le vrai secret de cet été sans ennui n’était pas dans les grands événements médiatisés, mais dans une série de dispositifs permanents que la ville de Paris reconduit chaque année sans forcément les mettre en avant. Les parcs ouverts 24h/24 en font partie. Depuis 2016, toujours plus de parcs parisiens ouvrent leurs portes en continu, nuit et jour : à partir de début juillet et pendant tout l’été, plus d’une dizaine de grands parcs comme les Buttes-Chaumont, André-Citroën ou Montsouris restent accessibles 24h/24 et 7j/7. Un pique-nique à 23h sous les frondaisons des Buttes-Chaumont, sans avoir besoin de rentrer avant la fermeture : peu de villes européennes offrent ce luxe simple.
Les kiosques à musique des jardins parisiens réservent eux aussi de bonnes surprises, souvent au dernier moment. D’avril à décembre, les kiosques des jardins et squares parisiens prennent vie en musique, accueillant des activités culturelles et artistiques comme la musique, la danse, le théâtre ou les lectures, à condition qu’elles satisfassent l’intérêt public local et restent gratuites. Pas de programme figé six mois à l’avance : on tombe dessus en marchant, et c’est justement ce qui rend l’expérience plus vivante qu’un festival calibré.
Autre habitude à prendre : traîner du côté des bibliothèques hors les murs. Tout l’été à Paris, les parcs et jardins de la capitale sont inondés de livres et accueillent gratuitement les enfants en juillet et août. Une manière presque paradoxale de faire de la lecture une activité de plein air plutôt qu’un refuge climatisé.
Enfin, pour ceux qui redoutent la chaleur sans vouloir renoncer à sortir, le canal de l’Ourcq propose chaque année sa propre parenthèse festive. Avec les beaux jours, le canal de l’Ourcq se pare de ses plus beaux atours pour son incontournable rendez-vous, l’Été du Canal, qui se tient chaque année entre fin juin et début août. Location de bateaux, transats sur les berges, concerts improvisés : un festival qui reste largement méconnu des touristes concentrés sur le triangle Tour Eiffel-Louvre-Montmartre.
Ce qui frappe, au fond, ce n’est pas le nombre d’activités disponibles : c’est le fossé entre leur accessibilité réelle et leur visibilité. La plupart de ces rendez-vous ne coûtent rien, ne nécessitent aucune réservation, et pourtant restent ignorés par une majorité de Parisiens qui associent encore juillet-août à la fuite obligatoire vers la Bretagne ou le Sud. La vraie question à se poser l’été prochain n’est peut-être pas « où partir », mais « qu’est-ce que je n’ai toujours pas testé à moins de vingt minutes de chez moi ».
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