Quarante kilomètres. C’est la distance qui sépare Maupiti de Bora Bora, et pourtant ces deux îles semblent appartenir à deux époques différentes. La première fois que j’ai posé le pied sur ce confetti des îles Sous-le-Vent, après un vol confidentiel depuis Tahiti, j’ai compris pourquoi les habitués de Polynésie en parlent à voix basse, comme d’un secret qu’on ne veut pas trop partager. Depuis, impossible de retourner à Bora Bora sans un pincement de déception.
À retenir
- Une île de 11 km² qui peut se faire à vélo en 4 heures, avec des marae millénaires au bord du lagon
- Un lagon turquoise sans foules de croiséristes, mais aussi sans banque ni distributeur automatique
- Des vols rares, un ravitaillement mensuel et des pensions familiales : les contraintes qui font le charme
Sommaire
Maupiti, la Bora Bora d’avant le tourisme de masse
Le rapprochement n’est pas qu’une image marketing. On la surnomme souvent « la Bora Bora des années soixante » à cause de son charme paisible, qui semble appartenir à une autre époque. Sur place, l’écart saute aux yeux : ici, pas de bungalow sur pilotis, pas de jets-ski vrombissants et presque aucune voiture. On se déplace à pied, à vélo, ou en pirogue à balancier, et c’est justement ce dénuement qui rend l’expérience mémorable.
Géographiquement, Maupiti ferme la marche des îles Sous-le-Vent. Située à environ 40 km de Bora Bora, Maupiti est la dernière île des îles Sous-le-Vent, tout au bout de l’archipel de la Société, avec ce sentiment bien réel d’être au bout du monde, perdu au milieu de l’océan. Une chaîne de falaises domine l’île principale, et la légende raconte qu’elles représenteraient une sœur et ses frères jumeaux, pétrifiés par les dieux. Depuis le sommet du mont Teurafaatiu, à 372 mètres, la vue embrasse tout le lagon, jusqu’à apercevoir sa grande sœur, Bora Bora, à l’horizon.
Ce qui frappe surtout, c’est l’échelle. En plus de son isolement, Maupiti est aussi la plus petite et la moins peuplée des îles Sous-le-Vent, avec une superficie d’à peine 11 km² qui permet d’en faire le tour rapidement. Mystérieuse et préservée, cette île a toutes les caractéristiques d’un paradis à taille humaine. On peut en effet faire le tour de l’île à vélo en seulement 4 heures, en s’arrêtant au passage devant des marae millénaires posés directement au bord du lagon.
Un lagon qui n’a rien à envier à celui de Bora Bora
Sur le papier, difficile de départager les deux lagons. Mais celui de Maupiti a un avantage : la solitude. Maupiti possède l’un des plus beaux lagons de Polynésie, avec des dégradés de turquoise et de bleu à couper le souffle. Aucune foule pour venir troubler la baignade, aucun bateau de croisière ancré au large. Le sable blanc du fond marin se distingue clairement à travers l’eau peu profonde, permettant d’explorer sa beauté en toute tranquillité.
Les activités nautiques n’ont rien à envier non plus à celles proposées à Bora Bora. On y nage avec les raies manta, on plonge parmi les requins pointe noire, et les excursions se terminent souvent par un pique-nique sur un motu désert, les pieds dans le sable, une noix de coco fraîche à la main. La différence, c’est le prix : sans les infrastructures hôtelières démesurées de Bora Bora, tout coûte nettement moins cher, des excursions au logement.
Le revers de la médaille : une île qui vit encore hors du temps
Rien n’est parfait, et c’est justement ce qui fait le charme du lieu. Maupiti n’a ni banque ni distributeur automatique : il n’y a pas de banques ni de distributeurs sur l’île, les visiteurs doivent apporter suffisamment de liquide en francs pacifiques avant d’arriver, car les commerçants acceptent rarement les dollars comme monnaie d’échange. Prévoyez large, l’île ne vous fera aucun cadeau si votre portefeuille est vide.
Le ravitaillement obéit lui aussi à un rythme d’un autre temps. Il n’y a même pas d’hôtels, mais simplement des pensions de famille, l’eau courante n’est pas potable et il faut aller s’approvisionner à la fontaine publique, et Maupiti n’est ravitaillée par bateau qu’une fois par mois. Une contrainte qui, loin de rebuter les voyageurs en quête d’authenticité, participe justement à l’attrait du lieu. Quant aux vols, ils restent rares : avec seulement deux ou trois vols hebdomadaires depuis Tahiti, les places d’avion disponibles pour les touristes sont limitées. Mieux vaut réserver longtemps à l’avance, sous peine de voir son projet reporté de plusieurs semaines.
Côté population, l’accueil reste chaleureux et sincère. Ses 1 200 habitants sont très fiers de leurs racines et particulièrement attachés à l’identité polynésienne. Ici, personne ne vous vend une expérience Instagram calibrée : on vous invite plutôt à ralentir, à observer, à écouter les récits transmis de génération en génération autour des marae sacrés.
Et si Maupiti n’est pas la seule alternative ?
Le raisonnement qui m’a mené jusqu’à Maupiti pourrait tout aussi bien s’appliquer à d’autres îles délaissées par les circuits classiques. Huahine, par exemple, coche des cases similaires. Huahine est souvent appelée l’île « secrète » de Polynésie : moins touristique que Bora Bora ou Moorea, elle conserve un sens rare de l’authenticité avec ses villages traditionnels, ses anciens marae, ses anguilles sacrées et un lagon d’une beauté sauvage. Elle a même l’avantage de la proximité : Air Tahiti dessert Huahine depuis Papeete en 35 minutes de vol, et depuis Bora Bora en seulement 25 minutes.
Plus au sud, dans l’archipel des Australes, l’île de Raivavae pousse encore plus loin la logique de l’îlot confidentiel. On la surnomme la « petite Bora Bora » en raison de son lagon émeraude et de ses 28 motus, cette petite île volcanique offrant une évasion parfaite, loin du tourisme de masse. Là encore, pas de palace, pas de spa à débordement : juste des pensions de famille et un silence qu’on ne trouve plus nulle part ailleurs dans le Pacifique touristique.
Reste une question pratique que personne ne pose jamais assez tôt : combien de temps prévoir ? La réponse tient en un chiffre simple, presque trop modeste pour ce que l’île offre. Deux à trois nuits sur place suffisent pour découvrir et profiter de l’île. Pas de quoi bouleverser un itinéraire polynésien déjà chargé, mais largement de quoi comprendre pourquoi certains voyageurs, une fois rentrés, ne regardent plus jamais les photos de Bora Bora de la même façon.
Source : filovent.com
