Deux heures de route au sud de Positano, la Méditerranée redevient silencieuse. Pas de yachts qui se bousculent dans les criques, pas de terrasses à 25 euros le café, pas de files d’attente pour photographier une falaise. C’est le Cilento, et c’est probablement la meilleure chose qui soit arrivée à mes étés italiens depuis longtemps.
À retenir
- Un parc national couvert de trois labels UNESCO abrite des loups, des aigles royaux et des grottes karstiques de 5000 mètres
- Les villages côtiers restent à moitié vides en été tandis qu’Amalfi suffoque sous les touristes — comment c’est possible ?
- Un restaurant reconnu au Michelin propose ses plats à moins de 20 dollars, les hôtels front de mer à partir de 50 dollars
Sommaire
Un parc national grand comme un département français
Le Cilento n’est pas un simple bout de côte oublié par les guides. Le littoral s’étend sur 175 kilomètres d’Agropoli au nord à Scario au sud, dominé en grande partie par le parc national du Cilento, du Vallo di Diano et des Alburni, la deuxième plus grande zone protégée d’Italie. Une échelle qui change tout : ici, la nature n’est pas un décor entre deux hôtels, elle est le sujet principal.
Le parc cumule les distinctions. C’est un microcosme rare où biodiversité et histoire ancienne s’entremêlent, lui valant une triple couronne de titres UNESCO : site du patrimoine mondial, réserve de biosphère et géoparc mondial. À l’intérieur, on trouve le plus haut sommet de Campanie, le mont Cervati (1898 m), ainsi que près de 5000 mètres de grottes à Castelcivita et Pertosa, l’un des systèmes karstiques souterrains les plus étendus du sud de l’Italie. Autant dire que la carte postale amalfitaine, avec ses ruelles verticales et ses citrons géants, n’a plus l’exclusivité du spectacle.
La faune, elle aussi, profite de cette tranquillité relative. Le parc abrite une faune rare, dont l’aigle royal, le loup italien et la Primula palinuri, une primevère jaune vif qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un loup en Italie du Sud, à deux heures de route des transats de Sorrente : voilà qui remet en perspective ce qu’on entend par « nature préservée ».
Des villages qui n’ont pas encore appris à poser pour Instagram
Le Cilento aligne ses propres cartes postales, simplement moins fréquentées. Entre Agropoli, Santa Maria di Castellabate, Punta Licosa, Monte Stella, Rocca Cilento ou Acciaroli, l’itinéraire peut alterner plages, collines, forêts, villages et panoramas sur la mer Tyrrhénienne. À Agropoli, la plus grande ville de la région, on trouve un vieux centre, des ruelles pavées, un château perché et des plages colorées, dans une ambiance plus simple, plus détendue, presque familiale.
Plus au sud, Castellabate mérite le détour. Santa Maria di Castellabate déroule une baie en forme de fer à cheval, des façades pastel et une douceur de fin d’après-midi typiquement italienne. Et pour ceux qui aiment les eaux limpides, Palinuro reste une référence locale : on y trouve un grotte bleue (Grotta Azzurra) et un massif arc de pierre naturel à admirer, quasiment jumelle de celle de Capri mais sans les bateaux qui se marchent dessus.
Sur le plan des sentiers, le contraste avec la côte amalfitaine estivale est presque comique. Partir en randonnée à travers la région permet de croiser très rarement d’autres marcheurs sur les sentiers. Essayez ça sur le Sentiero degli Dei un samedi d’août, et vous comprendrez la différence.
La moitié du prix, sans la moitié du charme
C’est là que le Cilento frappe fort : le rapport qualité-prix n’a rien de comparable. Durant la basse saison, des hôtels et villas en front de mer très bien notés démarrent à moins de 60 dollars la nuit, tandis qu’en haute saison estivale les tarifs tournent plutôt autour de 100 dollars la nuit. Plus au sud, à Marina di Camerota, les hébergements vont de l’abordable au luxueux, à partir de seulement 50 dollars la nuit en basse saison.
Le même écart se retrouve sur l’eau. Louer un bateau pour explorer les criques du Cilento coûte grosso modo la moitié du prix que ce que cela coûterait à Amalfi. Pour les tables, l’addition reste tout aussi raisonnable : à Paestum, le restaurant familial Da Nonna Sceppa, reconnu par le guide Michelin et tenu par la même famille depuis des générations, propose des plats principaux à moins de 20 dollars.
Le climat local a aussi produit une autre richesse, moins visible mais tout aussi savoureuse : la région produit des trésors culinaires très recherchés à l’international, comme les olives Salella, les anchois de Menaica, les artichauts de Pertosa, les pâtes fusillo di Felitto ou les pois chiches de Cicerale. On mange bien, on mange local, et on ne paie pas le supplément « vue sur falaise ».
Ce que le Cilento ne fera jamais aussi bien qu’Amalfi
Il faut être honnête : le Cilento n’a pas vocation à remplacer Amalfi, plutôt à la compléter. La région a presque pas de vie nocturne comparée à la côte amalfitaine ; c’est une région très familiale, mais pour les amateurs de nightlife, mieux vaut rester côté Amalfi ou Naples. Et côté logistique, tout n’est pas encore huilé : l’infrastructure de transport n’est pas très développée et les équipements touristiques restent moins aboutis.
Reste que la connexion entre les deux mondes existe déjà, et c’est peut-être la meilleure façon de voyager cette année : deux ou trois jours de glamour amalfitain, suivis d’une semaine de silence cilentain, avec pour seul bruit de fond le clapotis de la Méditerranée et, parfois, le hurlement lointain d’un loup dans les collines.
Sources : voyageons-autrement.com | ulysse.com
