Un aller-retour Paris-Lisbonne à 180 euros, l’aller sauté pour cause d’imprévu, et voilà le retour introuvable au comptoir d’enregistrement. Ce scénario, des milliers de voyageurs français le découvrent chaque année à leurs dépens : la compagnie a le droit d’annuler purement et simplement le second segment du billet, sans prévenir, sans excuse, sans remboursement. Cette mécanique porte un nom technique : la clause de « no-show ».
À retenir
- Une clause silencieuse permet aux compagnies d’annuler votre retour si vous ne prenez pas votre vol aller
- Les pénalités varient : de 100 euros chez EasyJet à 3000 euros chez Air France selon le type de trajet
- Cette pratique est légale en France et aux États-Unis, validée par les cours de justice et le gouvernement
Sommaire
Une clause qui dort dans les conditions générales de vente
Le principe tient en une phrase glaçante de simplicité : si vous manquez votre vol aller, la compagnie a généralement le droit d’annuler le retour parce que vous n’avez pas utilisé le premier segment. Ce n’est pas une légende urbaine, c’est écrit noir sur blanc dans le contrat de transport, ce document que presque personne ne consulte au moment de payer. La logique commerciale derrière tout ça n’a rien de mystérieux : la politique du « no show » consiste à faire payer à un voyageur détenteur d’un billet aller-retour un supplément tarifaire sur le trajet retour si celui-ci n’a pas pu prendre le vol aller, et ce quelle qu’en soit la raison. Pour certaines compagnies, la non-présentation au vol aller entraîne l’annulation par la compagnie du billet retour alors que le voyageur a payé l’aller et le retour.
Chaque transporteur applique sa propre version de la sanction. Chez Air France, le passager qui n’utilise pas son vol aller doit payer un supplément de 125 à 3000 euros pour pouvoir prendre son vol retour, selon qu’il s’agit d’un court, moyen ou long courrier. D’autres transporteurs sont plus radicaux et suppriment purement et simplement la réservation retour, laissant au client la charge de racheter un billet, souvent au prix fort et en dernière minute. Chez EasyJet, la règle diffère légèrement : une majoration tarifaire fixe de 100 euros, seulement si le passager se présente dans les deux heures après son vol aller. Bonne nouvelle pour les adeptes du low-cost cependant : EasyJet indique noir sur blanc que « si vous annulez, manquez ou ne prenez pas votre vol, cela n’affectera pas les autres vols de votre réservation », et les compagnies low-cost comme Ryanair ou EasyJet ne pénalisent pas les passagers qui n’utilisent pas leur aller dans la majorité des cas.
Pourquoi c’est parfaitement légal (et le restera sans doute)
L’argument massue avancé par les défenseurs des consommateurs, c’est le déséquilibre flagrant entre ce qui est payé et ce qui est fourni. Une sénatrice l’a formulé sans détour au gouvernement, estimant que ces clauses de « no show » créent un déséquilibre significatif entre les droits et les obligations des parties, à la grande défaveur du consommateur, dans la mesure où celui-ci a payé pour l’intégralité du trajet, aller et retour. La réponse ministérielle a pourtant fermé la porte. Le Gouvernement français a confirmé le caractère non abusif de cette clause, précisant qu’il s’agit d’une disposition contractuelle établie entre la compagnie et le passager, qui accepte cette obligation de respect de l’ordre des vols au moment de son achat. La Cour de cassation a d’ailleurs tranché dans le même sens en 2017, en jugeant que la clause permettant à Air France de modifier le prix d’un billet comportant plusieurs coupons de vol, si le passager n’utilise pas l’un d’entre eux, n’est pas abusive.
Cette règle du « sequential use » n’a rien de franco-français. Cette règle n’est pas propre à Air France ou aux compagnies françaises. Aux États-Unis, elle porte le doux nom de Sequential Use Rule et s’applique chez la quasi-totalité des grands transporteurs. La justification officielle, elle, reste identique d’un continent à l’autre : empêcher le « hidden city ticketing » et permettre à la compagnie de revendre les sièges libérés. une même place peut générer deux revenus au lieu d’un seul, un calcul qui reste rentable même quand le passager râle. Franchement, difficile de ne pas y voir un tour de passe-passe tarifaire déguisé en obligation contractuelle.
Comment éviter la mauvaise surprise au comptoir
Il existe pourtant des marges de manœuvre, à condition d’anticiper. Prévenir la compagnie avant le départ change souvent la donne : un simple coup de fil ou un message via l’application peut transformer une annulation sèche en une modification payante, ce qui reste nettement moins douloureux pour le portefeuille qu’une annulation pure et simple. Il existe même une pratique informelle qui vaut le coup d’être tentée en cas d’imprévu réel : plusieurs compagnies aériennes accommodent la clientèle en retard avec une politique informelle appelée « règle du pneu crevé », permettant un transfert de vol sans frais additionnels en cas de bonne raison. Cette règle n’a rien d’un droit opposable, elle relève du bon vouloir de l’agent au comptoir, mais elle a sauvé plus d’un voyageur pressé.
Pour les dates incertaines, mieux vaut parfois revoir sa stratégie d’achat dès le départ. Pour les trajets aux dates incertaines, mieux vaut parfois renoncer à l’aller-retour classique. Comparer deux billets aller simple, ou opter directement pour un tarif modifiable quand le programme reste flou, coûte souvent plus cher à l’achat mais évite l’angoisse du comptoir. Il reste aussi une consolation minime : même privé de son vol, un passager peut réclamer certains frais. Il peut exiger le remboursement des taxes d’aéroport des deux vols qu’il n’a pas empruntés, car ces taxes sont payées à l’aéroport par les compagnies pour les passagers embarqués, à condition d’en faire expressément la demande.
Reste un détail que peu de voyageurs connaissent : selon certains contrats de transport, les passagers qui ont fait un « no-show » ont jusqu’à cinq ans pour demander un geste commercial et pouvoir s’acquitter des taxes d’aéroport. Un délai qui laisse le temps de creuser le dossier, à condition de garder précieusement sa carte d’embarquement et son billet, ces petits bouts de papier qu’on jette trop vite en sortant de l’aéroport.
Source : masculin.com
