Du 24 mai au 3 juin 2026. Onze jours. Une traversée d’Istanbul à Venise à bord d’un yacht 5 étoiles, avec la rédaction du plus vieux quotidien français en guise de compagnons de voyage. La croisière du bicentenaire du Figaro n’était pas une simple escapade en Méditerranée : c’était une odyssée culturelle pensée comme un événement éditorial à part entière.
À retenir
- Pourquoi le Figaro a choisi de partir d’Istanbul, et pas d’une autre ville, pour marquer ses 200 ans
- Ce détail du pain frais Lenôtre au lever du soleil sur le Bosphore qui change tout
- Comment un journal devient plus qu’un journal : l’expérience immersive qui redéfinit le lien avec les lecteurs
Sommaire
Un journal, deux siècles, un bateau
Fondé le 15 janvier 1826, Le Figaro a fêté ses deux siècles d’existence en 2026. Pour marquer l’année, la rédaction a multiplié les formats : du 14 au 16 janvier, le journal a investi la Nef du Grand Palais pour ouvrir ses archives et faire parcourir deux siècles d’histoire, de débats, d’images et de création au public. Mais le vrai clou de l’anniversaire, celui dont on ne parle pas dans les communiqués de presse habituels, était réservé au printemps.
La croisière anniversaire des 200 ans du Figaro s’est tenue du 24 mai au 3 juin 2026, 11 jours et 10 nuits à bord du Boréal, d’Istanbul à Venise. Le tarif de départ s’est établi à 8 780 € par personne. Un prix qui, mis en perspective, correspond à moins que dix nuits dans un palace parisien, tout compris, escales guidées incluses. Le tarif incluait l’hébergement à bord, les repas, les conférences et les visites guidées.
Le plus ancien des quotidiens français toujours en activité a réuni, pour cette croisière de printemps, les plus belles plumes de sa rédaction aux côtés de nombreuses personnalités du monde de la culture, émaillant la navigation de conférences, de concerts d’artistes renommés et de dîners gourmets, pour un itinéraire dévoilant au fil des escales la genèse de notre civilisation.
Le Boréal, un navire taillé pour l’intimité intellectuelle
Le Boréal est un navire de croisière de la compagnie Ponant, construit par les chantiers navals italiens Fincantieri d’Ancône en 2010. Il affiche un tonnage de 10 944 tonnes et mesure 142 mètres de long sur 18 mètres de large, des dimensions modestes pour un navire de croisière, qui lui permettent de rejoindre des ports ou des eaux inaccessibles aux grands paquebots. Sur les grands navires de masse, on peut croiser 5 000 personnes sans jamais en connaître une seule. Ici, autre configuration.
Le Boréal compte 132 cabines et suites pour une capacité de 264 passagers, avec 145 membres d’équipage, un ratio équipage/passagers de 1,8 garantissant un service comparable à celui d’un hôtel 5 étoiles. Dans l’esprit Ponant, qui met en avant la tradition française, un boulanger fait cuire chaque jour à bord du pain frais et des viennoiseries Lenôtre. Détail anodin ? Pas vraiment. C’est ce genre de soin, la baguette chaude sur le pont au lever du soleil face au Bosphore, qui transforme une croisière en souvenir.
Le théâtre du navire est une salle de divertissement où les passagers assistent, en journée, aux interventions de conférenciers et spécialistes, et, en soirée, à des spectacles, représentations musicales ou projections de films. C’est dans cet espace que les journalistes du Figaro ont animé leurs tables rondes, face à des passagers qui ne venaient pas simplement pour le bronzage.
Istanbul, Athènes, Dubrovnik : la Méditerranée comme salle de classe
Du 24 mai au 3 juin 2026, le voyage a invité à célébrer deux siècles d’héritage culturel, d’Istanbul à Venise, à travers des paysages époustouflants et des rencontres intellectuelles mémorables. L’itinéraire, lui, n’a rien laissé au hasard. Chaque escale avait sa logique narrative.
Istanbul : deux jours pour explorer cette ville vibrante, carrefour entre l’Europe et l’Asie, avec ses mosquées majestueuses et ses bazars animés. C’est là que tout commence, et le choix de partir de l’ancienne Constantinople n’est pas innocent. Pour un journal qui a publié Proust, Baudelaire et Jean d’Ormesson, commencer par la ville qui fut pendant mille ans le cœur du monde a quelque chose de symboliquement juste. Ensuite, l’île de Limnos en Grèce, préservée et riche en mythes volcaniques, puis Thessalonique pour une plongée dans l’histoire byzantine, et Athènes, berceau de la démocratie, où l’Acropole domine un panorama chargé d’histoire.
Plus inattendue, l’escale de Sarande, en Albanie, avec ses sites archéologiques comme Butrint, classé à l’UNESCO. Une ville que peu de croisiéristes atteignent. Puis Dubrovnik, la « perle de l’Adriatique », avec ses remparts médiévaux et ses ruelles pavées, et Split pour une visite du palais de Dioclétien, joyau de l’architecture romaine. L’arrivée à Venise, dans la Sérénissime, avec ses canaux et ses palais baroques, a servi de point d’orgue à onze jours de navigation.
Deux cents ans d’impertinence à l’épreuve de la haute mer
Fondé en janvier 1826, le journal Le Figaro s’est immédiatement inspiré de l’impertinence du personnage de Beaumarchais. Le 15 janvier 1826 paraissait pour la première fois une feuille satirique, imaginée par deux vaudevillistes, Maurice Alhoy et Étienne Arago, dans une France sous le règne de Charles X, où la presse était étroitement surveillée. Deux siècles plus tard, Marc Feuillée, directeur général du Groupe Figaro, notait que seuls The Times, la NZZ ou quelques titres locaux dépassent l’âge du quotidien fondé en 1826.
La croisière du bicentenaire portait donc quelque chose de plus que du tourisme culturel : une façon de montrer qu’un journal peut encore fédérer ses lecteurs autour d’expériences physiques, hors écran, hors flux. Un voyage unique et exclusif pour les lecteurs, le long d’un itinéraire choisi, invitant à son bord journalistes, rédacteurs et chroniqueurs confirmés. Le modèle de la croisière éditoriale n’est pas nouveau au Figaro, c’est une tradition que la rédaction revendique et cultive en Méditerranée depuis plusieurs années. Mais pour les 200 ans, l’ambition était différente : pas une escale de plus, mais un manifeste flottant.
Marc Feuillée avait insisté sur la nécessité d’évoluer pour survivre : le Figaro n’aurait pas subsisté sans une transformation profonde de ses métiers, de son modèle économique et de son expression. Embarquer 264 passagers lecteurs sur 11 jours en Méditerranée, entre une conférence sur Proust et un coucher de soleil sur Dubrovnik, c’est peut-être la forme la plus concrète de cette transformation. Un journal qui ne se lit plus seulement, mais qui se vit.
Source : planete-croisiere.com
