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J’ai découvert ce quartier de Paris par hasard et je ne retournerai plus jamais voir la Tour Eiffel de la même façon

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Le Trocadéro, tout le monde connaît. La foule de selfie-sticks levés en l’air, les vendeurs de Tour Eiffel miniatures qui surgissent de nulle part, les bus de touristes qui déversent leurs bataillons à intervalles réguliers. Ce spot-là, on l’a tous vu en photo avant même de poser le pied à Paris. Mais à quelques centaines de mètres de là, dans les rues calmes du 7e et du 16e arrondissement, la même Dame de Fer se dévoile d’une manière radicalement différente, et cette découverte-là change tout.

À retenir

  • Un escalier secret de 116 mètres qui change complètement votre perspective sur la Dame de Fer
  • Comment Haussmann a conçu les rues de Paris comme des cadres pour les monuments
  • Où observer les scintillements de la Tour Eiffel sans les 7 millions de visiteurs annuels

Le quartier qu’on ne voit pas parce qu’on regarde trop haut

Situé dans le 7e arrondissement, le quartier du Gros-Caillou s’étend entre la Seine, les Invalides et le Champ-de-Mars, offrant une ambiance unique qui mêle élégance architecturale, culture et vie parisienne authentique. Son nom intrigue. Certains historiens expliquent qu’un grand rocher datant de la préhistoire était autrefois présent à cet endroit, séparant les seigneuries de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève. En référence à ce bloc de pierre, le quartier est nommé « Gros-Caillou » sur les plans de la capitale dès 1510. Plutôt inattendu comme origine, pour un quartier qui abrite aujourd’hui l’un des monuments les plus photographiés du monde.

Le quartier a gardé une ambiance de village, centré par une église de dimensions modestes au bout de la rue Cler, qui fait office de marché permanent. Il est très agréable de s’y installer dans un esprit presque provincial. Presque provincial, voilà deux mots qu’on n’associe jamais à Paris, et pourtant. La rue Cler et la rue Saint-Dominique regorgent de petites boutiques, boulangeries, épiceries fines et restaurants gastronomiques, et le quartier est réputé pour son marché traditionnel où les Parisiens viennent acheter des produits frais dans une ambiance conviviale. On est loin du Paris carte postale. On est dans le Paris qui vit.

À l’origine rural, le quartier s’est embourgeoisé sous les travaux du baron Haussmann, puis sous l’influence des expositions universelles du XIXe siècle. Ce passé industriel et populaire laisse encore des traces. Au numéro 28, on ne manque pas l’ancienne boucherie chevaline qui a conservé son décor datant de 1925. On y trouve également de très beaux immeubles Art Nouveau, plutôt rares dans la capitale, dont deux signés de l’architecte Jules Lavirotte. Ce Lavirotte, c’est le pendant parisien de Gaudí, courbes inattendues, fenêtres dissemblables, couleurs singulières et surtout un magnifique habillage en mosaïque et une porte sculptée avec une finesse remarquable font de cet immeuble un véritable chef-d’œuvre. Le tout à deux pas de la Tour Eiffel, sans file d’attente ni billet.

La rue Saint-Dominique, ou comment regarder la Tour autrement

Voici le paradoxe central de Paris : des millions de gens font la queue pour monter sur la Tour Eiffel et voir Paris d’en haut, alors que c’est depuis les rues alentour qu’elle est vraiment belle. La rue Saint-Dominique est l’un des exemples les plus frappants, mettant particulièrement en valeur la silhouette élancée de la Tour. En la remontant depuis le boulevard de la Tour-Maubourg, la Dame de Fer surgit progressivement entre les façades haussmanniennes, pas plantée bêtement au bout d’une esplanade, mais enchâssée dans le tissu urbain, comme si elle avait toujours appartenu à ce décor de pierre et de fer forgé. La charmante rue Cler, piétonne et jalonnée de commerces de bouche, fleuristes, cafés et restaurants, réunit visiteurs et habitants dans un climat typiquement parisien. Deux rues qui se prolongent l’une l’autre, et qui font soudain de la Tour Eiffel un élément de quartier plutôt qu’un monument hors-sol.

Ce que cette déambulation révèle, c’est que au XIXe siècle, lorsque Haussmann redessine les quartiers, il trace des avenues majestueuses, ouvrant ainsi des perspectives imprenables sur les monuments incontournables de la capitale. Haussmann ne construisait pas des rues, il composait des cadrages. Chaque avenue est une mise en scène. Se promener dans ce quartier sans s’arrêter pour regarder entre les immeubles, c’est rater la moitié du spectacle.

L’avenue de Camoëns : le secret le mieux gardé du 16e

Traverser le pont de Bir-Hakeim et remonter vers le 16e arrondissement, c’est tomber sur l’un des spots les plus insolites de Paris. L’avenue de Camoëns, dans le 16e arrondissement, à seulement 400 mètres de la Tour Eiffel, offre l’une des compositions photographiques les plus équilibrées de tout Paris : la Tour frontale et bien centrée, encadrée par les façades haussmanniennes et la végétation du quartier. Mais ici, pas besoin d’être photographe professionnel pour comprendre pourquoi l’endroit est stupéfiant.

L’une des routes les plus pittoresques de Paris pour contempler la Tour Eiffel au lever du soleil, l’avenue de Camoëns ne mesure que 116 mètres de long, en faisant probablement la plus courte avenue de Paris. Une avenue en impasse, le genre d’endroit qu’on ne traverse jamais par hasard, qu’on trouve uniquement si on le cherche. C’est le long de ses 115 mètres qu’on découvre un escalier à double volée latérale reliant au boulevard Delessert. Sa forme serpentine, ponctuée par plusieurs réverbères, en fait l’un des plus beaux escaliers de la capitale.

Cet escalier ne serait probablement rien sans la sculpture qui se trouve à ses pieds : un monument dédié au poète lusitanien Luís Vaz de Camões dont l’avenue tient son nom. Sculptée par l’artiste portugaise Clara Menerès et installée là en 1987, cette œuvre dévoile le buste du poète entouré d’une épée, d’un carnet et d’une plume. Derrière lui, au bout de l’escalier, la Tour Eiffel. L’Avenue de Camoëns et la rue Le Tasse, dans le 16e près du Trocadéro, dévoilent une vue exceptionnelle sur la structure de la Tour, se mariant avec brio avec les lignes des constructions avoisinantes. Un pur bonheur pour les amoureux d’urbanisme parisien. Le site officiel de la Tour Eiffel lui-même le reconnaît, ce qui n’empêche pas l’endroit de rester étonnamment calme.

Voir les scintillements sans la cohue

Le spectacle de scintillement de la Tour Eiffel dure cinq petites minutes, toutes les heures après le coucher du soleil, autant dire que la moindre mauvaise position condamne à rater le show. Au Champ-de-Mars, plus de 7 millions de spectateurs par an se pressent pour assister à l’illumination, souvent sans savoir que des points de vue alternatifs offrent des perspectives dégagées sans la bousculade. Depuis l’avenue de Camoëns, c’est aussi un excellent moment pour observer les scintillements de la Tour, qui s’allument toutes les heures du coucher du soleil jusqu’en soirée. La rampe en fer forgé de l’escalier au premier plan, la Tour qui clignote au fond — le cadre se compose tout seul.

Côté pratique, les illuminations dorées s’éteignent désormais à 23h45, avec le dernier scintillement avancé à 23h00 la plupart des soirs, dans le cadre des protocoles de sobriété énergétique de la ville. Savoir ça évite bien des déconvenues. Un autre détail que les guides touristiques classiques omettent systématiquement, au profit de la photo du Trocadéro bondé.

Ce que ce quartier enseigne, finalement, c’est que Paris se mérite à pied et sans plan précis. Les plus beaux points de vue de Paris ne sont pas forcément ceux qui sont les plus visités. La Tour Eiffel vue depuis la rue Saint-Dominique ou depuis l’escalier de Camoëns n’est pas la même Tour Eiffel que celle du Trocadéro, elle est plus intime, mieux intégrée, moins performée. Et c’est peut-être cette version-là, nichée entre les fromagers de la rue Cler et un poète portugais oublié du 16e, qui ressemble le plus à Paris.