La première fois à Phuket, c’est souvent un accident de parcours. Un vol retard, un changement de programme de dernière minute, une recommandation glissée par hasard au détour d’une conversation. Et puis quelque chose se passe. L’air sent différemment. La rue est moins dense. On marche sans regarder ses pieds pour éviter les scooters. Ce récit est celui de beaucoup de voyageurs qui ont atterri à Bangkok, comme tout le monde, et qui ne sont jamais vraiment repartis de Phuket.
À retenir
- Bangkok enregistre 10 millions de cas de pollution aux PM2.5 par an, mais les touristes ignorent le problème
- Phuket Old Town cache des merveilles sino-portugaises que 99% des visiteurs ne voient jamais
- Trois plages méconnues à 20 minutes offrent des eaux cristallines sans un seul restaurant
Sommaire
Bangkok : la métropole qui épuise autant qu’elle fascine
Bangkok mérite sa réputation. La ville abrite des temples magnifiques comme Wat Pho, Wat Phra Kaew et Wat Arun, une scène gastronomique de rue parmi les plus denses d’Asie, et une énergie urbaine qui vous happe dès la sortie de l’aéroport. Bangkok conserve d’ailleurs son statut de ville la plus visitée au monde en 2025, avec plus de 30 millions de touristes internationaux. Trente millions. C’est l’équivalent de la population entière de la Malaisie qui défile dans une seule métropole chaque année.
Mais il y a un revers. En 2025, un épisode de smog majeur a frappé la région de Bangkok de janvier à mars, résultant d’une pollution atmosphérique persistante liée aux feux agricoles, aux émissions industrielles et aux transports. Environ 60 % de la pollution de la ville est attribuable au trafic routier, les émissions industrielles constituant le second facteur. Les chiffres sont difficiles à digérer : selon les données du ministère des Services médicaux pour 2025, les hôpitaux publics du pays ont enregistré environ 10 millions de patients par an affectés par les particules fines PM2.5. Dix millions. Et les touristes, au milieu de ça, déambulent entre le Grand Palais et Khao San Road, souvent sans le savoir.
Certains quartiers de Bangkok semblent désormais tourner exclusivement autour du tourisme. C’est le cas de Khao San Road, aujourd’hui loin du charme et de l’authenticité thaïlandais. On n’y croise plus guère les habitants, seulement ses propres semblables, caméra au poing. Bangkok reste une ville extraordinaire. Mais passer deux semaines de vacances dedans, c’est choisir de rentrer à bout de souffle.
Phuket : plus grande île de Thaïlande, et bien davantage qu’une plage de carte postale
Phuket, la « perle du sud » nichée dans la mer d’Andaman, se déploie sur près de 576 km² et accueille une population d’environ 400 000 habitants. On a tendance à la réduire à Patong, à ses néons et à sa Bangla Road. C’est oublier que l’île a plusieurs visages, et que la plupart d’entre eux sont encore préservés.
Le contre-exemple absolu à Patong, c’est la vieille ville, Phuket Old Town. Ce joyau colonial est peuplé de bâtiments sino-portugais très colorés, de cafés, de musées locaux et d’un marché nocturne particulièrement animé. L’histoire de la vieille ville remonte au boom de l’exploitation minière de l’étain à la fin du XIXe siècle, quand la ville s’est rapidement développée en attirant des marchands chinois et d’autres colons qui ont contribué au mélange culturel unique de la région. Le résultat, visible aujourd’hui encore sur Thalang Road et Dibuk Road, est un quartier qui ne prétend pas être un musée, mais plutôt un lieu de mémoire. La nuance est juste et rare.
Phuket Town se distingue par sa singularité, étant moins envahie par le tourisme de masse que les autres régions côtières de l’île. On y mange un curry dans une échoppe centenaire, on y boit un café dans un bâtiment rénové qui date de 1904. Sur Dibuk Road se trouvent certains des édifices sino-portugais les plus importants, comme l’Hôtel de Ville, le Tribunal de Province et la Maison du Gouverneur. Une promenade d’une demi-journée à pied suffit à comprendre pourquoi certains voyageurs prolongent leur séjour de plusieurs jours une fois qu’ils ont découvert le quartier.
Choisir sa plage plutôt que de la subir
Phuket souffre d’un défaut de réputation sur un point précis : l’amalgame. Patong n’est pas Phuket, comme le Quartier Latin n’est pas Paris. L’île souffre d’une image souvent négative, mais cela ne concerne que certaines zones. Il suffit de s’en écarter et de séjourner dans des endroits à l’ambiance plus tranquille et familiale comme à Karon, Kata ou encore Rawai.
Karon et Kata figurent régulièrement parmi les cinq meilleures plages de Phuket. Karon offre une atmosphère plus calme, tandis que Kata représente un bon compromis pour éviter le chaos de Patong tout en profitant d’une belle plage. Plus au sud encore, les plages de Freedom et Ya Nui ont les eaux les plus claires, largement intactes, sans complexes ni restaurants, ce qui en fait des lieux idéaux pour le snorkeling et la détente. Ces criques, peu référencées dans les guides grand public, sont pourtant accessibles en 20 minutes de scooter depuis Rawai.
Pour ceux qui veulent encore autre chose, le sanctuaire d’éléphants, situé au nord de l’île, accueille ces animaux dans un cadre naturel et respectueux, loin des pratiques abusives associées au tourisme de masse. Nourrissage, observation respectueuse et balades en leur compagnie permettent de saisir leur intelligence et leur nature sensible. Et pour les amateurs de perspective avec leur café du matin : le Big Buddha, érigé sur la colline de Nakkerd, est un symbole culturel de Phuket. Ce monument de 45 mètres offre une vue panoramique imprenable sur l’île.
Le bon moment, la bonne logique
La question pratique que tout le monde évite de poser : comment articuler Bangkok et Phuket ? Se rendre dans le sud de la Thaïlande demande d’opter pour un vol interne si l’on ne veut pas passer une journée entière dans les transports. Bangkok-Phuket en avion, c’est une heure et demie. Les compagnies low-cost thaïlandaises proposent des trajets à moins de 40 € en réservant à l’avance. La logique de voyage la plus efficace : entrer par Bangkok, deux ou trois jours pour les temples et les marchés, puis basculer vers le sud et rentrer depuis Phuket directement.
Sur place, entre novembre et avril, Kata et Karon offrent généralement des conditions idéales avec une mer calme et des plages magnifiques. La basse saison, de mai à octobre, a aussi ses partisans : le paysage devient luxuriant et verdoyant, les foules se font rares et les prix des hôtels et des billets d’avion deviennent très intéressants.
Côté tendances de fond : les prestataires touristiques thaïlandais se tournent activement vers les Européens, dont les arrivées ont dépassé de 20 % les niveaux de 2019 sur les quatre premiers mois de 2025. À Phuket, hôtels, agences et restaurants proposent des réductions significatives, des surclassements ou des forfaits pour séduire cette clientèle. : le contexte joue en faveur du voyageur européen qui sait où chercher. Phuket, traditionnellement associée à ses plages et son atmosphère tropicale, a également affirmé en 2025 sa dimension culturelle avec la Biennale de Thaïlande, dont le thème « Eternal Kalpa » a ouvert une conversation sur le rapport entre l’homme, la nature et le passage du temps. Une île qui accueille une biennale d’art contemporain tout en préservant des criques vierges, c’est exactement le type de contradiction productive qui rend un voyage mémorable.
Source : vivre-en-thailande.com
