Le 28 mai 2025, la Grande Traversée des Volcans d’Auvergne (GTVA) a été inaugurée sur la commune d’Égliseneuve-d’Entraigues, par les deux départements du Puy-de-Dôme et du Cantal. Un événement discret, presque confidentiel. Pourtant, ce sentier relie désormais deux univers volcaniques que personne n’avait jamais cousus ensemble sur une seule ligne pédestre officielle, du pied du Puy de Dôme aux flancs du Cantal, en traversant des territoires que le tourisme de masse n’a jamais vraiment atteints. La récompense est à la hauteur de l’effort.
À retenir
- Pourquoi deux départements ont-ils attendu si longtemps pour relier leurs volcans sur un seul sentier ?
- Qu’est-ce qui rend ce parcours de montagne aussi captivant que les GR alpins surpeuplés ?
- Quels défauts de jeunesse menacent déjà cette nouvelle route volcanique ?
Sommaire
210 kilomètres d’un seul souffle volcanique
Sur 210 km entre le Puy-de-Dôme et le Cantal, ce parcours traverse des paysages volcaniques uniques en France, entre sommets emblématiques, plateaux d’estives, lacs d’altitude et villages de caractère. Pour situer l’échelle : c’est la distance de Paris à Reims, parcourue intégralement à pied, mais au milieu de l’une des géologies les plus spectaculaires d’Europe.
Né de la volonté d’unir les monts Dômes aux monts du Cantal, en passant par les monts Dore, les plateaux du Cézallier et de l’Artense, l’itinéraire n’a rien d’arbitraire. Il dessine une colonne vertébrale volcanique que les géologues rêvent depuis longtemps de mettre à portée de chaussures de randonnée. La Grande Traversée des Volcans d’Auvergne se parcourt en 11 étapes, soit un peu moins de deux semaines si l’on tient le rythme, davantage si l’on s’attarde, ce qui est fortement conseillé.
Pendant les 11 jours d’itinérance, entre lacs et volcans, le randonneur découvre la diversité de paysages de ces régions naturelles : l’emblématique Chaîne des Puys et la faille de Limagne, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, et le majestueux Puy de Dôme, classé Grand Site de France ; les monts Dore et le Puy de Sancy, plus haut sommet du Massif central qui culmine à 1 886 m ; le plateau volcanique du Cézallier ; le plateau granitique de l’Artense abritant de magnifiques tourbières ; et enfin le mont du Cantal, plus grand stratovolcan d’Europe, surnommé « l’Etna auvergnat ». Trois sommets phares rythment la progression, comme trois actes d’une même pièce.
Un territoire à apprivoiser, pas à survoler
Le panorama s’ouvre sur le Cézallier, vaste plateau d’estives surnommé « la petite Mongolie auvergnate », paysage de grands espaces où burons et troupeaux ponctuent la marche. Cette comparaison avec la steppe mongole n’est pas une métaphore de guide touristique paresseux : le silence y est de la même nature, l’horizon aussi vaste, et la sensation d’être seul au monde aussi puissante.
Une journée à parcourir le plateau d’Artense offre une immensité d’herbe ponctuée de quelques burons et de troupeaux de vaches Salers. Le chant des alouettes et les trilles des traquets motteux accompagnent la progression. Loin des GR surpeuplés des Alpes ou des Pyrénées, la GTVA garde pour l’heure ce caractère préservé que les initiés protègent jalousement. La quiétude d’un itinéraire peu fréquenté, en dehors des Grands Sites, constitue l’un des atouts majeurs du parcours.
Le sentier ne fait pas que traverser la roche. Il plonge dans l’histoire locale. Le village d’Orcival abrite l’une des plus belles églises romanes d’Auvergne, basilique originale par son architecture, ses décors extérieurs et intérieurs et les chaînes et boulets accrochés sur sa façade, ex-voto de prisonniers qui vinrent ici en pèlerinage. Un détail que le randonneur pressé aurait tort de laisser derrière lui.
Ce que le balisage ne dit pas encore
Toutes les nouvelles routes ont leurs défauts de jeunesse. La GTVA ne fait pas exception. Un balisage qui disparaît dans le Cantal oblige à bien suivre les balises des GR 4 et 400 ainsi que la trace GPS. L’absence de points d’eau potable dans la plupart des villages et un accueil randonneurs qui laisse beaucoup à désirer constituent les principaux points noirs du parcours, auxquels s’ajoute le manque de variantes pour contourner les sommets cantaliens en cas de mauvais temps. Ces lacunes sont réelles et méritent d’être signalées sans détour.
Pour autant, le terrain est sans difficultés techniques. Il s’agit néanmoins d’un itinéraire de montagne et les précautions habituelles, prise de météo, renoncement en cas de conditions dangereuses annoncées, vérification de l’état des sentiers en début de saison — s’imposent. La montagne auvergnate peut être capricieuse. Des conditions de vent glacial, de brouillard épais et de températures très basses rendent certains passages très éprouvants, notamment sur les crêtes et les sommets les plus hauts. Prévoir des couches supplémentaires même en juillet n’est pas du pessimisme, c’est du réalisme.
Sur le plan logistique, le long périple cumule 210 km avec 8,5 km de dénivelé positif. Le circuit emprunte des chemins de Grande Randonnée déjà existants et offre une grande variété de paysages, ce qui signifie que le tracé bénéficie d’une infrastructure partielle éprouvée. Concrètement, le randonneur sans voiture n’est pas non plus pénalisé : les gares de Clermont et de Murat permettent un accès sans voiture à la GTVA.
Un socle géologique classé, une responsabilité partagée
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018, la chaîne volcanique s’étend sur 45 kilomètres au nord de Clermont-Ferrand et regroupe environ 80 volcans monogéniques traversés par des dizaines de sentiers balisés. La GTVA prend donc pour point de départ un site déjà reconnu comme d’intérêt universel. Ce n’est pas anodin : marcher sur ces chemins engage une responsabilité que le Parc rappelle explicitement.
Zone volcanique sensible, ce sentier mérite toute votre bienveillance : ne ramassez pas de roches volcaniques, de fleurs, ne jetez pas vos déchets dans la nature et ne marchez pas en dehors du sentier afin de ne pas abîmer ce patrimoine géologique. Un rappel qui, vu la fragilité de certains sols de cendres et de ponces, n’a rien de décoratif.
Cet alignement de 80 volcans, dont les plus jeunes ont seulement 8 400 ans, offre des paysages fabuleux entre dômes, cratères et lacs volcaniques. 8 400 ans à l’échelle géologique, c’est avant-hier. Marcher sur la GTVA, c’est poser les pieds sur une Terre qui a fini d’éructer il y a moins longtemps que l’invention de l’écriture. Cette perspective-là change l’expérience de la randonnée bien plus efficacement que n’importe quel équipement dernier cri. Pour la saison 2026, des randonneurs préparent déjà leur traversée, certains en mode trail intensif sur une semaine, d’autres en découpant l’itinéraire en sections autonomes de une à trois journées, preuve que la GTVA s’adapte autant aux marathoniens qu’aux amateurs d’errance lente.
Source : ffrandonnee.fr
