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Les habitués du GR52 glissent toujours des billets au fond de leur sac avant de basculer côté italien et ce n’est pas pour la frontière


Source: DR
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Un randonneur qui boucle le GR52 depuis plusieurs saisons vous le confirmera tout de suite : avant de basculer côté italien, on ne vérifie pas son passeport, on compte ses billets. Pas pour payer une quelconque taxe frontalière (l’espace Schengen a effacé ce genre de formalité depuis longtemps), mais parce que les refuges de montagne, qu’ils soient français ou italiens, snobent obstinément le paiement par carte bancaire.

À retenir

  • Pourquoi la carte bleue devient inutile dès 2000 mètres d’altitude sur ce sentier mythique
  • Les refuges italiens appliquent une politique encore plus stricte que leurs homologues français
  • Comment anticiper son budget liquide pour 200 km de randonnée sans distributeur

Un sentier de 220 km qui joue avec la frontière

Le GR52 traverse le parc national du Mercantour sur un tracé exigeant qui relie les hautes vallées des Alpes-Maritimes à la Méditerranée. Le GR® 52 GTM, ou Grande Traversée du Mercantour est un itinéraire exceptionnel de plus de 200 km et de 12000 m de dénivelé cumulés depuis la zone septentrionale du département des Alpes maritimes jusqu’à Menton sur le rivage de la Méditerranée. Et contrairement à ce que son nom laisse penser, ce tracé n’est pas cantonné au territoire français : le GR® 52 GTM va d’Entraunes en haute vallée du Var, jusqu’à Menton sur les bords de la Méditerranée, en passant par les sentiers italiens du Parco Naturale Alpi Maritime.

La frontière n’a ici rien d’une ligne administrative abstraite. Elle se franchit à pied, au niveau du col de Fenestre par exemple, un point de passage à 2474 m, col frontière avec l’Italie qui débouche sur des paysages radicalement différents. Ce basculement géographique s’explique aussi par l’histoire du massif : le Parco Naturale delle Alpi Marittime est jumelé depuis 1987 avec le Parc national français du Mercantour et protège une zone de 100 000 hectares à cheval sur les Alpes. Deux parcs, un seul massif, une gestion qui reste pourtant bien distincte, notamment sur la question de l’argent.

Côté français, la carte bancaire n’a jamais vraiment sa place

Avant même de songer à l’Italie, les habitués du GR52 savent déjà que leur carte bleue va rester au fond du sac dès les premiers refuges du Mercantour. Au refuge des Merveilles, point de passage incontournable du sentier, la consigne est sans ambiguïté : le paiement par CB au refuge n’est pas possible ; espèces, chèques, et chèques vacances sont acceptés. Même règle strictement identique un peu plus au nord, au refuge des Lacs de Vens : le règlement par carte bancaire n’est pas possible au refuge, on peut régler soit par chèque, espèces ou chèques vacances.

Ce choix n’est pas un caprice de gardien récalcitrant à la modernité. À plus de 2000 mètres d’altitude, sans réseau mobile fiable et sans ligne fixe stable, faire fonctionner un terminal de paiement relève parfois de l’exploit technique. Les refuges gérés par la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) fonctionnent en autarcie logistique la plupart du temps, et le petit supplément facturé pour la douche, comme les 2 euros demandés en extra au refuge de Nice, se règle évidemment de la même façon : en pièces sonnantes et trébuchantes.

En Italie, la règle est encore plus radicale

On pourrait croire qu’une fois la frontière passée, les choses s’arrangent. C’est l’inverse. Dans le Parco Naturale Alpi Marittime, jumeau italien du Mercantour, les rifugi appliquent une politique tarifaire qui ne laisse aucune place au doute : les sommes dues doivent être versées directement aux refuges à l’arrivée, exclusivement en espèces, sans carte de crédit ni carte bancomat. Pas de terminal de secours, pas de tolérance ponctuelle : c’est cash ou rien.

La raison tient encore à la géographie. Ces rifugi, comme celui de Valasco dans la vallée de la Gesso ou ceux qui jalonnent les 400 kilomètres de sentiers du parc, sont souvent perchés à plusieurs heures de marche du premier village équipé d’un distributeur. Le parc compte plus de 80 lacs et propose 10 rifugi et 10 bivacchi pour les découvrir. Autant de haltes possibles, autant d’endroits où sortir son portefeuille électronique ne servira strictement à rien. Un randonneur qui arrive fatigué, affamé, et sans un euro en poche risque simplement de repartir le ventre vide, ou de devoir négocier une IOU improbable avec le gardien.

Ce qui frappe, c’est que la monnaie ne change pas : on reste en euros des deux côtés du col. Le problème n’est donc jamais une question de change, mais bien d’infrastructure. Certains guides organisant des treks en refuge à refuge le rappellent d’ailleurs explicitement à leurs clients avant le départ, tant l’erreur est fréquente chez les néophytes persuadés qu’une carte bancaire suffit toujours en 2026.

Une habitude qui structure la préparation du sac

Résultat, les randonneurs expérimentés du GR52 ont intégré ce réflexe à leur checklist, au même niveau que la trousse de secours ou la carte IGN. Ils calculent à l’avance le nombre de nuitées, de repas et de douches à venir, et convertissent tout ça en petites coupures glissées dans une pochette étanche, loin de l’humidité et des chutes dans les torrents. Certains ajoutent une marge de sécurité, sachant qu’un chèque vacances ne se dépense pas dans un rifugio piémontais.

La meilleure période pour s’attaquer au sentier reste de juin à septembre, en dehors de ces mois la neige pouvant rendre certaines portions impraticables, une fenêtre où les refuges sont gardés et donc payants, contrairement à l’hiver où certains basculent en mode abri non gardé, gratuit mais spartiate. Avant de partir, mieux vaut donc retirer large à Saint-Martin-de-Vésubie ou à Tende plutôt que compter sur un distributeur miraculeux planté à 2400 mètres d’altitude : il n’existe pas, et ne existera probablement jamais.