Quatre-vingt-dix dollars pour remplir un formulaire administratif. C’est le montant qu’ont déboursé certains voyageurs à leur arrivée en Thaïlande, persuadés d’avoir payé une démarche officielle obligatoire. Sur place, à l’aéroport ou en discutant avec d’autres touristes à Bangkok, la découverte est brutale : la carte d’arrivée numérique, la fameuse TDAC, est entièrement gratuite sur le site du gouvernement thaïlandais.
L’histoire se répète depuis plus d’un an, et elle continue de piéger des milliers de voyageurs chaque mois. Au moins un voyageur étranger sur dix a payé jusqu’à 90 dollars pour s’enregistrer à l’entrée en Thaïlande, alors que la démarche est gratuite. Un chiffre qui, ramené à l’échelle du tourisme thaïlandais, donne le vertige : pour un million de touristes, cela représente 100 000 personnes potentiellement victimes d’escroquerie.
À retenir
- Une arnaque à grande échelle fait payer entre 10 et 90 dollars pour une démarche officiellement gratuite
- Les faux sites utilisent des logos gouvernementaux et dominent les résultats de recherche Google
- Au-delà de l’argent perdu, vos données personnelles sensibles sont collectées par des escrocs
Sommaire
Le TDAC, une formalité obligatoire… et gratuite
Depuis le 1er mai 2025, tout étranger entrant en Thaïlande doit s’enregistrer en ligne via le Thailand Digital Arrival Card, le TDAC, qui a remplacé le TM.6, l’ancien formulaire papier distribué dans les avions. Fini le stylo qui ne fonctionne plus à 30 000 pieds d’altitude et les cases raturées : place au numérique, avec un enregistrement à réaliser en ligne avant même de poser le pied sur le tarmac de Suvarnabhumi ou de Don Mueang.
Le système n’a d’ailleurs rien d’exotique. Il est requis pour tous les ressortissants étrangers et est similaire aux systèmes en vigueur en Corée du Sud, au Japon et à Singapour. La logique est la même partout : collecter les informations de vol et d’hébergement en amont pour fluidifier les files à l’arrivée. Sur le papier, une bonne idée. Dans les faits, une porte ouverte pour les escrocs qui ont flairé l’aubaine dès le premier jour.
Dès le jeudi 1er mai 2025, jour d’entrée en fonction de la nouvelle démarche, les premiers sites bidons sont apparus, réclamant dix dollars alors que la formalité est officiellement gratuite. Depuis, les tarifs frauduleux n’ont fait que grimper. Certaines plateformes se sont mises à facturer entre 20 et 90 dollars pour des services « premium » ou « accélérés » qui n’ont strictement aucune utilité. Le montant de 90 dollars n’est donc pas une anomalie isolée : c’est le haut de la fourchette d’une arnaque bien rodée.
Comment ces faux sites arrivent en tête de Google
Le vrai scandale, ce n’est pas seulement l’existence de ces sites. C’est leur visibilité. Ces publicités frauduleuses occupent souvent toute la première moitié des résultats de recherche Google. Un voyageur qui tape « carte d’arrivée Thaïlande » dans son moteur de recherche tombe statistiquement d’abord sur une arnaque, avant même d’apercevoir le lien officiel.
Les faussaires ne se contentent pas d’acheter des mots-clés. Certains de ces sites utilisent des logos gouvernementaux ou des messages de type « approbation rapide » pour paraître officiels. Le visuel copie-colle le portail thaïlandais, les couleurs institutionnelles sont reprises, parfois même le drapeau national trône en haut de page. Résultat : impossible pour un touriste pressé, en train de faire son check-in depuis un aéroport bondé, de distinguer le vrai du faux en quelques secondes.
Le préjudice financier n’est d’ailleurs pas le seul risque. En remplissant une fiche d’arrivée, on communique des informations personnelles sensibles comme le numéro de passeport, l’adresse ou l’itinéraire, des données que les sites frauduleux collectent et pourraient revendre ou utiliser pour usurper une identité. L’image est frappante : c’est comme si vous remettiez votre passeport à un inconnu dans la rue plutôt qu’à l’agent des douanes.
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités thaïlandaises réagissent
L’immigration thaïlandaise n’a pas attendu que le problème prenne des proportions massives pour tirer la sonnette d’alarme. Un porte-parole a rappelé sans détour que l’enregistrement est complètement gratuit et que tout site demandant un paiement n’est pas affilié au gouvernement. Une mise en garde répétée à intervalles réguliers depuis le lancement du dispositif, sans que le taux de victimes ne baisse réellement.
Le ministère du Tourisme s’est lui aussi mobilisé, sa secrétaire permanente rappelant que tout site qui collecte de l’argent pour l’enregistrement TDAC n’est pas un site officiel du gouvernement thaïlandais, le processus étant entièrement gratuit. Un discours martelé sur les réseaux sociaux, dans les aéroports, et jusque dans les guides touristiques distribués aux ambassades. Mais la mécanique publicitaire de Google reste plus rapide que les campagnes de prévention.
Pour couper court à toute ambiguïté, une seule adresse fait foi : tdac.immigration.go.th. Les visiteurs doivent soumettre leurs informations uniquement via ce site officiel, ou via le site principal du Bureau de l’immigration, qui fournit un lien vérifié et un QR code vers la plateforme. Aucune extension en .com, .info ou .net ne doit inspirer confiance : si l’URL ne se termine pas par .go.th, la vigilance s’impose immédiatement.
Ce qu’il faut faire avant de partir (et si vous vous êtes déjà fait piéger)
La procédure officielle, une fois qu’on la connaît, tient en quelques minutes. Il est conseillé de compléter l’enregistrement au moins trois jours avant l’arrivée, ce qui laisse aux autorités le temps de traiter les informations et d’envoyer une confirmation par email, réduisant ainsi les temps d’attente aux comptoirs d’immigration. Ni frais caché, ni option « express » à cocher : le formulaire couvre les données de vol, l’adresse du premier hébergement et les informations passeport, gratuitement.
Pour ceux qui ont déjà réglé la facture d’un faux site, la marche à suivre est claire : contester la transaction auprès de sa banque en la signalant comme frauduleuse, conserver l’URL et des captures d’écran du site incriminé, et ne surtout pas attendre une confirmation qui ne viendra peut-être jamais. Certains opérateurs malhonnêtes se contentent d’ailleurs de transmettre les données au site gratuit officiel après avoir empoché la commission, ce qui rend l’arnaque presque indétectable tant que le voyageur ne compare pas les tarifs.
Le détail qui devrait alerter tout voyageur pressé : aucune compagnie aérienne, aucun tour-opérateur, aucune agence de voyage n’est habilité à facturer ce document en votre nom sans que cela constitue, de fait, une marge injustifiée sur un service public gratuit. La meilleure protection reste la plus simple, celle qu’on oublie justement quand on prépare un départ dans la précipitation : taper soi-même l’adresse officielle plutôt que de cliquer sur le premier résultat sponsorisé qui s’affiche.
Sources : thailande-fr.com | zonesamui.com | toutelathailande.fr
