Dix euros. C’est le prix qu’il faut désormais débourser pour fouler les pavés du centre historique de Venise à la journée, si l’on n’a pas anticipé sa réservation. Une somme qui, ajoutée aux prix des transports, de la restauration et des files d’attente interminables devant le Palais des Doges, a fini de convaincre bon nombre de voyageurs d’aller chercher leur dose de canaux et de gondoles ailleurs, sur cette même côte Adriatique qui a fait la réputation de la Sérénissime.
À retenir
- Une taxe de 10 € pour fouler les pavés de Venise à la journée — et elle pourrait monter jusqu’à 50 € ?
- À une heure de route, une ville rivale gagne tranquillement le cœur des voyageurs en quête d’authenticité
- Le long de cette même côte, un véritable chapelet de villes lagunaires oubliées attend les explorateurs curieux
Sommaire
Venise, une ville qui fait payer sa propre popularité
Depuis 2024, la municipalité vénitienne teste un système de contribution d’accès pour les touristes qui ne passent pas la nuit sur place. Il faudra s’acquitter d’une taxe de 5 à 10 € en 2026 pour visiter le centre de Venise à la journée lors des périodes de forte affluence touristique, la taxe s’appliquant pendant 60 jours, répartis entre le 3 avril et le 26 juillet, de 8h30 à 16h. Le mécanisme est pensé pour inciter à l’anticipation : le tarif officiel 2026 reste de 5 € par personne pour les visiteurs qui paient au moins quatre jours avant leur venue, et de 10 € pour les paiements effectués plus tard.
Le résultat financier est sans appel. En 2026, cette taxe appliquée pendant 60 jours a rapporté plus de 5 millions d’euros. Un chiffre qui donne des idées au nouveau maire, puisque le maire souhaite la porter à 50 euros lors des journées les plus tendues. Pour comprendre cette fuite en avant tarifaire, il faut regarder les chiffres de fréquentation : moins de 50’000 personnes vivent aujourd’hui dans la cité lacustre du nord de l’Italie, qui a accueilli plus de 34,5 millions de touristes en 2025. chaque habitant de Venise croise en moyenne l’équivalent de 690 touristes par an. Un ratio que peu de villes au monde peuvent revendiquer, et qui explique pourquoi tant de visiteurs cherchent désormais leur bonheur un peu plus au sud, sur cette même mer Adriatique.
Chioggia, la « petite Venise » qui n’a rien à prouver
À une heure de route de Venise, presque sur le même rivage, une autre ville lagunaire vit encore au rythme de ses filets de pêche et de ses étals de poissons frais. À seulement une heure de Venise, Chioggia, surnommée la « petite Venise », offre une expérience bien plus authentique, avec ses canaux pittoresques, ses façades colorées et son riche passé maritime. Pas de gondoles à 80 euros la balade ni de foules compactes devant les vitrines de verrerie : ici, le décor ressemble à celui de Venise, mais sans le prix d’entrée ni la cohue.
L’histoire de la ville ne date pas d’hier. Connue sous le nom de Clodia à l’époque romaine, elle a joué un rôle stratégique dans le commerce maritime de l’Adriatique, son port ayant été un point d’ancrage essentiel pour les navires vénitiens. Aujourd’hui encore, la mer rythme le quotidien des habitants : Chioggia est l’un des plus grands ports de pêche du pays, et pour goûter à son authenticité, il faut se rendre au Mercato Ittico, le marché aux poissons qui ouvre ses portes dès l’aube. Rien à voir avec les vitrines à touristes du pont du Rialto. C’est ce genre de détail, un marché qui vit pour ses propres habitants et non pour les selfies, qui fait toute la différence entre une ville-musée et une ville qui respire encore.
Les familles ne sont pas oubliées : Sottomarina, à proximité, offre une longue plage de sable fin idéale pour les familles, des installations touristiques modernes avec restaurants et bars en bord de mer, et une ambiance conviviale, loin de l’agitation des plages touristiques surpeuplées. On peut donc enchaîner une matinée de flânerie dans les ruelles avec un après-midi farniente, sans jamais sortir le portefeuille pour un simple droit de passage.
D’autres refuges le long de la même côte
Chioggia n’est pas la seule à profiter de cet exode discret vers des rivages moins saturés. Plus au nord, du côté du Frioul, Grado séduit par son centre historique aux ruelles étroites et son port de pêche encore actif, où l’on ressent une vraie vie locale où traditions et quotidien se mêlent naturellement. Un peu plus loin, Caorle charme avec ses maisons colorées et son ambiance tranquille, un village qui conserve une identité forte, idéale pour les voyageurs en quête de charme authentique et d’un rythme de vie plus lent.
Autre curiosité méconnue des voyageurs français : à Comacchio, souvent surnommée la petite Venise, les canaux et les ponts témoignent d’un passé riche lié à la pêche et aux marais environnants. De quoi constituer, avec Chioggia, un véritable chapelet de villes lagunaires qui offrent la même poésie que Venise, mais sans son ticket d’entrée ni ses queues de trois heures pour grimper au Campanile.
Une régulation qui ne fait que commencer
Le durcissement vénitien n’en est qu’à ses balbutiements. La taxe est encore en phase de test, et pour qu’elle s’applique à nouveau en 2027, le Conseil municipal devra se prononcer. Mais la tendance de fond, elle, semble installée : le surtourisme à Venise entre dans une nouvelle phase, où la ville ne cherche plus seulement à accueillir mieux, mais à accueillir moins, ou différemment.
Reste une nuance à garder en tête avant de faire ses valises : la taxe d’accès ne concerne ni les habitants de la lagune, ni ceux qui dorment sur place. Les îles (Murano, Burano, Torcello, Lido) ne sont pas soumises à un droit d’entrée, tout comme les zones de transit. Il est donc encore possible de visiter la Sérénissime sans sortir un centime supplémentaire, à condition de bien planifier son itinéraire. Mais pour ceux qui préfèrent poser leur serviette là où la mer Adriatique n’a pas encore de prix d’entrée, la route de Chioggia reste ouverte, elle, sept jours sur sept et gratuitement.
Sources : figaronautisme.meteoconsult.fr | e-venise.com
