Six cents euros avancés en liquide dans un service d’urgences italien, pour une simple prise en charge qui aurait pu être gratuite ou quasi gratuite avec un bout de papier plastifié. C’est la mésaventure que racontent de nombreux vacanciers français chaque été : persuadés que leur carte Vitale suffit à voyager en Europe, ils découvrent à leurs dépens qu’elle ne fonctionne qu’à l’intérieur des frontières françaises. Le sésame qu’il fallait sortir du portefeuille s’appelle la carte européenne d’assurance maladie, la CEAM. Et elle est gratuite.
À retenir
- Une carte verte gratuite que personne ne connaît peut vous épargner des centaines d’euros à l’étranger
- Le système italien cache des pièges bien au-delà de la simple question d’avoir ou non une carte
- Une parade oubliée de tous existe pour les départs de dernière minute
Sommaire
La carte Vitale s’arrête à la frontière, pas la CEAM
La confusion est fréquente, et elle coûte cher. La carte Vitale, ce petit rectangle vert que tout assuré français connaît par cœur, ne sert qu’à identifier les droits auprès des professionnels de santé installés en France. Passé Vintimille ou n’importe quelle autre frontière, elle devient un bout de plastique sans valeur administrative. Le document qui permet réellement d’être soigné dans les mêmes conditions qu’un résident local, c’est la CEAM. Elle permet de bénéficier, dans le cadre de vacances ou d’un séjour dans un pays de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen ou en Suisse, de la prise en charge des frais de santé selon la législation en vigueur dans le pays où l’on se trouve, ainsi que de la dispense d’avance des frais médicaux ou du remboursement par l’organisme de sécurité sociale du pays où l’on se trouve.
La carte est reconnue bien au-delà des 27 pays de l’UE. Elle peut être utilisée en Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède et Suisse. Le Brexit n’a rien changé sur ce point précis : malgré la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la CEAM peut toujours y être utilisée. Autant de destinations où sortir la carte Vitale à l’hôpital ne sert strictement à rien.
Ce qui se passe réellement aux urgences en Italie
Le système italien réserve tout de même quelques surprises, même munie de la bonne carte. Même en cas d’urgence et de soins critiques, les traitements reçus sont en partie payés par le patient, une contribution appelée le ticket, à condition de consulter un médecin affilié au service national de santé italien ou ayant conclu un accord avec celui-ci. Ce reste à charge, calqué sur celui des Italiens eux-mêmes, n’a rien à voir avec les 600 euros parfois réclamés en intégralité : ce montant correspond généralement à une prise en charge dans un établissement privé, ou à une situation où le patient ne présentait aucune carte du tout.
Sans CEAM en main, le patient bascule dans un tout autre régime. Celui qui a perdu sa carte à l’étranger doit payer l’ensemble des soins facturés et demander un remboursement à sa caisse d’assurance maladie à son retour. Le remboursement n’est d’ailleurs jamais automatique ni instantané : les frais médicaux laissés à la charge du patient ne sont pas remboursables sur place en Italie, mais peuvent faire l’objet d’une demande de remboursement au retour auprès de l’organisme d’assurance maladie ou du service ayant délivré la CEAM. Un délai administratif qui s’ajoute à l’avance de trésorerie déjà consentie, sur un lit d’hôpital, loin de chez soi.
Autre piège classique, celui de la pharmacie. Beaucoup pensent, à tort, que la CEAM efface la facture du médicament. Un citoyen de l’UE qui tombe subitement malade lors d’un séjour temporaire dans un autre pays de l’UE bénéficie d’un traitement médical dans les mêmes conditions que les citoyens assurés dans ce pays, et paie donc ses médicaments au même prix qu’eux ; en conséquence, dans certains pays il ne devra rien payer, tandis que dans d’autres il devra payer un certain montant. Sans la carte, la note grimpe automatiquement au tarif plein : sans la CEAM, il faut payer la totalité du prix des produits achetés à la pharmacie.
Comment obtenir la carte, et pourquoi il ne faut jamais attendre le dernier moment
La bonne nouvelle, c’est que la démarche coûte zéro euro et prend quelques minutes en ligne. La carte se commande depuis son compte ameli, rubrique Démarches, ou depuis l’application Compte ameli pour smartphone. Reste la question du timing, souvent négligée avant un départ improvisé. La carte plastifiée arrive dans un délai moyen de dix jours après la commande, un délai qui grimpe parfois à trois semaines selon les caisses primaires locales. Il est donc préférable de demander la carte européenne d’assurance maladie environ trois semaines avant son départ pour être sûr de la recevoir à temps.
Pour les retardataires, une parade existe et elle vaut de l’or en cas de départ précipité. En cas d’urgence ou si l’on n’a pas le temps de recevoir la carte avant son départ, un certificat provisoire de remplacement peut être délivré, valable trois mois. Ce document, téléchargeable directement depuis l’espace personnel, offre exactement les mêmes droits que la carte plastifiée le temps du séjour. Un détail à ne pas oublier : la couverture ne se transmet pas en famille par magie. Une demande doit être faite pour chaque membre de la famille, y compris les enfants âgés de moins de 16 ans. Partir à quatre sans y penser, c’est risquer de multiplier par quatre la mésaventure des 600 euros avancés au guichet des urgences.
Un détail mérite d’être connu avant le prochain été : la couverture ne se limite plus strictement aux frontières de l’UE et de l’EEE. Depuis février, certains micro-États enclavés comme Saint-Marin et Monaco ont signé des accords bilatéraux pour reconnaître la CEAM dans certaines conditions, ce qui facilite les séjours frontaliers et touristiques. De quoi élargir, discrètement, le filet de sécurité pour qui prévoit un crochet par ces petits territoires lors d’un road-trip italien.
Sources : ameli.fr | ec.europa.eu | previssima.fr
