Le terminal des colectivos, c’est ce grand marché tentaculaire où s’entassent camionnettes et taxis collectifs, à deux pas du centre historique d’Oaxaca. Depuis qu’on l’a repéré, la boucle vers les villages artisans qui a longtemps semblé réservée aux excursions organisées se fait sans intermédiaire, ni interprète, ni minibus climatisé à cinquante dollars. Juste un peu de patience et quelques pièces en poche.
À retenir
- Le Mercado de Abastos n’est pas un musée, mais la clé secrète pour accéder à un réseau artisanal que les agences gardent jalousement
- Les métiers à tisser continuent de tourner devant les visiteurs sans mise en scène, comme si personne ne vous regardait
- Deux villages voisins se disputent depuis quarante ans la paternité du même artisanat, mais lequel a vraiment raison?
Sommaire
Le marché Abastos, point de départ discret de toutes les routes artisanales
Personne ne vous indique le bon quai en arrivant. Le Mercado de Abastos ressemble d’abord à un labyrinthe de stands, de vendeurs de mangues et de chauffeurs qui klaxonnent. Mais c’est de là que partent, presque en continu, les véhicules qui desservent les Valles Centrales, cette poche de villages zapotèques où chaque bourgade s’est spécialisée dans un artisanat précis depuis des générations. La production y est encore organisée par village plutôt que par usine, et la spécialité de chaque ville est inséparable de son identité.
Le repérage tient à un détail simple. Un colectivo se reconnaît à sa carrosserie rouge et blanche, avec le nom du village de destination affiché sur le pare-brise. Il suffit de lire les inscriptions, de monter, de patienter que la voiture se remplisse, puis de payer au moment de descendre. Pas de billet, pas de réservation, pas d’anglais nécessaire.
Teotitlán del Valle, le village où la laine devient tapis zapotèque
Trente kilomètres, une demi-heure de route, et on change complètement de décor. Teotitlán del Valle se trouve dans le district de Tlacolula, à environ 31 kilomètres de la capitale de l’État. L’histoire du lieu ne date pas d’hier : le village a été fondé en 1465 et est considéré comme le premier établi par les Zapotèques, selon les recherches menées par un moine franciscain au XVIIe siècle. Le nom lui-même porte cette mémoire : littéralement « terre des dieux », composé des mots nahuatl pour dieu, maison et entre.
Ce qui frappe en arrivant, ce n’est pas un musée mais des maisons ouvertes sur la rue, où les métiers à tisser tournent devant les visiteurs sans mise en scène particulière. Les tapis de laine, teints selon des méthodes transmises de famille en famille, s’accumulent sur des étals qui n’ont rien de touristique au sens factice du terme : ce sont des ateliers, pas des boutiques de souvenirs.
Le trajet en colectivo depuis Oaxaca coûte une somme dérisoire. Depuis le Mercado de Abastos, les camions ou taxis qui vont directement à Teotitlán del Valle facturent 12 pesos mexicains pour un trajet d’environ 30 minutes. Certaines sources évoquent des tarifs légèrement supérieurs selon l’heure et le point de montée, mais on reste systématiquement sous la barre du dollar américain pour l’aller.
Tilcajete et Arrazola, la bataille amicale des alebrijes
Changement de registre au sud de la ville, où deux villages voisins se disputent, gentiment, la paternité d’un artisanat devenu emblématique du Mexique tout entier. C’est en 1977, lors d’un événement à Los Angeles, que le sculpteur oaxaquéen Manuel Jiménez Ramírez a rencontré Pedro Linares et s’est mis, de retour à San Antonio Arrazola, à tailler ses propres alebrijes dans le bois de copal plutôt que dans le papier mâché de son inspirateur mexicain. À la mort de Jiménez en 2005, Arrazola est devenu une destination attirant les touristes vers ses nombreux ateliers. Mais c’est San Martín Tilcajete, situé sur une route touristique menant directement au sud de la ville d’Oaxaca, qui est de loin le plus connu des deux villages aujourd’hui, un paradoxe puisque c’est bien Arrazola qui a inventé la technique.
La filière a largement grandi depuis ces débuts artisanaux. Plus de 150 familles travaillent aujourd’hui dans le commerce des alebrijes à San Martín Tilcajete, San Antonio Arrazola et La Union Tejalapan. Certains artisans sont devenus de véritables figures : Jacobo Angeles, né à San Martín Tilcajete, s’est distingué par des motifs peints fins et complexes, souvent inspirés des dessins zapotèques, sur des sculptures reconnaissables entre mille.
Pour la logistique, les deux villages se rejoignent facilement. Depuis la ville d’Oaxaca, on atteint Arrazola en colectivo depuis la gare routière de deuxième classe en environ vingt minutes, tandis que Tilcajete prend quarante minutes par des options similaires. Les colectivos coûtent entre 20 et 50 pesos par personne, contre 200 à 400 pesos pour un taxi sur le même trajet. Et comme la courte distance entre les deux rend possible et intéressante une visite des deux villages le même jour, la boucle complète tient dans une seule journée.
Le mode d’emploi pour rouler comme un local
À Tilcajete les départs sont réguliers et bien identifiables. Les colectivos partent du coin de la Calle Armenta y López et Niños Héroes, à deux pâtés de maisons du Zócalo, ou du secteur du marché Abastos, sous la forme de vans ou minibus blancs affichant « Tilcajete » sur le pare-brise. Ils circulent toutes les 15 à 30 minutes du matin jusqu’à environ 19h, pour une course qui coûte entre 30 et 35 pesos et dépose directement sur la place principale du village. Le retour fonctionne à l’identique, au même endroit, généralement jusqu’à 20h.
Quelques réflexes simples évitent les mauvaises surprises. Prévoir de l’argent liquide en petites coupures, car les chauffeurs n’ont presque jamais de monnaie sur de gros billets. Grimper tôt dans la matinée pour croiser les artisans en plein travail plutôt que des ateliers fermés pour la pause. Et accepter, sans s’en agacer, qu’un colectivo se remplisse parfois jusqu’à six passagers avant de démarrer, ce qui fait partie du folklore autant que les tapis ou les figurines peintes.
Ce système de transport collectif, largement informel, dessert en réalité une bonne partie des villages artisans des Valles Centrales, bien au-delà des deux étapes classiques. FONART, le fonds national mexicain pour la promotion des arts et de l’artisanat, certifie d’ailleurs directement nombre de ces artisans, un repère utile pour distinguer une pièce authentique d’une simple copie destinée aux boutiques du centre-ville. De quoi élargir la boucle, une fois qu’on a compris le principe.
Sources : translate.google.com | elgiroscopo.es
