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« On payait 1 100 € par mois pour notre appartement » : sur ce navire qui enchaîne 400 ports en trois ans et demi, la journée tout compris tombe à 91 dollars par personne


Source: DR
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Vendre sa maison, quitter son emploi, embarquer pour trois ans et demi sans savoir exactement où l’on posera le pied suivant. C’est le pari qu’ont fait plusieurs centaines de résidents du Villa Vie Odyssey, un paquebot qui ne rentre jamais vraiment au port puisqu’il enchaîne les escales en boucle perpétuelle. Le calcul qui a convaincu tant de retraités et de télétravailleurs tient en une poignée de chiffres : des tarifs à partir de 91 dollars par personne et par jour, tout compris, pour visiter plus de 400 ports répartis dans 130 pays sur les sept continents.

À retenir

  • Un paquebot qui ne rentre jamais au port : qu’est-ce qui motive vraiment ces centaines de résidents ?
  • Le calcul choc : comment vivre trois ans et demi pour le prix d’un studio ?
  • Ancien navire remis à flot : quels sont les vrais risques à descendre l’ancre pour de bon ?

Un loyer flottant moins cher qu’un studio en ville

L’argument choc de Villa Vie Residences, la société qui exploite le navire, tient dans une comparaison brutale avec le logement classique. Un couple américain, Lanette Canen et Johan Bodin, a vendu son activité de location de voitures à Hawaï pour financer leur cabine et s’installer à bord dès le lancement du navire. Leur choix illustre un phénomène plus large : celui de retraités qui échangent un loyer mensuel contre un abonnement à la planète entière.

Le montage tarifaire de l’offre baptisée « My Global Adventure » repose sur un forfait unique de moins de 100 000 dollars pour trois années complètes, soit 91 dollars par jour, logement, repas, animations et transport vers plus de 130 pays inclus. Aucune facture d’électricité à surveiller, aucune course au supermarché à prévoir : la formule est pensée comme un forfait résidentiel complet, pas comme une simple croisière touristique. Ramené au mois, ce montant tourne autour de 2 700 à 2 800 dollars pour deux personnes, un niveau qui reste inférieur à ce que paient de nombreux locataires dans les grandes métropoles occidentales pour un appartement de taille modeste, sans même compter les charges, l’assurance ou les repas.

Un navire de plus de trente ans, remis à flot pour vivre au large

Le Villa Vie Odyssey n’a rien d’un paquebot flambant neuf. Construit en 1993, il a longtemps navigué sous le nom de Braemar pour la compagnie britannique Fred Olsen avant d’être racheté fin 2023 par Mikael Petterson, ancien directeur général du projet concurrent Life at Sea, dont l’échec retentissant avait laissé des centaines de clients sans remboursement. Son nouveau projet a repris l’idée d’un tour du monde continu, mais en misant sur un navire plus modeste et une exploitation resserrée.

Le bateau, d’une capacité de 929 passagers, propose des cabines dont les tailles varient fortement : des chambres intérieures de 130 pieds carrés avec fenêtres virtuelles jusqu’à une suite armateur de 675 pieds carrés avec chambre séparée, salon, coin repas et balcon. Sa petite taille n’est pas qu’un détail : elle permet d’accéder à des parties du monde inaccessibles aux plus grands navires, en s’amarrant souvent au cœur même des destinations, sa coque plus plate autorisant aussi la navigation sur des voies intérieures et des rivières. Un avantage pratique qui change la donne pour ceux qui espèrent vraiment voir du pays, pas seulement contempler un port industriel depuis le pont supérieur.

Le lancement n’a pourtant rien eu d’une croisière tranquille. Les résidents ont patienté des mois à Belfast, où le navire subissait des réparations imprévues sur ses gouvernails et sa boîte de vitesses, avant de pouvoir enfin embarquer. Certains ont dû dormir à l’hôtel pendant que la compagnie tentait de « réactiver » un bâtiment vieux de plus de trente ans sorti d’une longue période d’inactivité. Ce genre de couac technique, propre à un navire d’occasion remis en service, reste le principal point noir soulevé par les observateurs du secteur : posséder une cabine, c’est aussi accepter les aléas d’une mécanique qui a déjà connu quatre décennies de navigation.

Qui sont ces nouveaux nomades des mers

La population embarquée dessine un profil assez homogène. Selon le fondateur Mike Petterson, le nombre de résidents est passé de 120 personnes au départ à 360 en un an et demi, pour un âge moyen de 59 ans, dont environ deux tiers de retraités ou semi-retraités, le reste travaillant à distance depuis le navire dans la finance, l’immobilier ou le droit. Le navire dispose d’ailleurs d’un centre d’affaires équipé pour ces travailleurs nomades, preuve que l’embarquement ne rime pas forcément avec rupture totale de la vie professionnelle.

La croissance ne semble pas ralentir. Petterson affirme louer ou vendre entre 10 et 20 cabines par mois, un rythme qui pousse la compagnie à envisager un navire jumeau, plus luxueux, pour absorber une demande qui dépasse manifestement l’offre initiale. Le succès commercial contraste avec les débuts chaotiques du concept concurrent Life at Sea, dont l’annulation brutale, deux semaines avant le départ, avait laissé de nombreux clients sans logement ni remboursement. Villa Vie a hérité de cette méfiance initiale, mais semble avoir su la transformer en argument de solidité.

Reste une question que peu de candidats au grand large anticipent vraiment : que se passe-t-il quand on souhaite descendre du bateau ? Les propriétaires peuvent revendre ou sous-louer leur cabine, mais le marché de l’occasion reste balbutiant, et certains résidents mécontents peinent aujourd’hui à trouver preneur, même à prix cassé. Avant de troquer son bail contre un hublot, mieux vaut donc considérer cette vie itinérante comme un engagement à moyen terme, pas comme une martingale sans risque.