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Les habitués des vols asiatiques collent toujours un bout de ruban sur leur batterie externe et ce n’est pas pour éviter les rayures


Source: DR
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Sur les vols Bangkok-Paris ou Tokyo-Roissy, l’image revient sans cesse aux comptoirs d’embarquement : des voyageurs qui sortent leur batterie externe, collent un bout de ruban adhésif sur les connecteurs, puis rangent l’objet dans leur sac à main. Rien à voir avec une manie esthétique. Il s’agit de recouvrir les bornes exposées ou de ranger chaque batterie de rechange dans son emballage d’origine ou une pochette dédiée. Un geste simple, presque anodin, mais qui répond à une réalité bien plus sérieuse : le risque d’incendie en plein vol.

À retenir

  • Des incidents de batteries lithium en feu ont secoué le transport aérien en 2025 — pourquoi l’Asie a été le point chaud ?
  • Un petit morceau de ruban adhésif cache une réalité technique terrifiante sur les batteries externes sans protection
  • Les nouvelles règles asiatiques redessinent les pratiques mondiales — comment votre prochaine recharge en vol va changer

Un réflexe né des incidents en série

Ce n’est pas un hasard si cette habitude s’est enracinée d’abord chez les grands voyageurs de l’Asie. La région a connu, coup sur coup, plusieurs événements qui ont marqué les esprits. Le déclencheur a été l’Airbus A321 d’Air Busan détruit par un incendie de batterie externe sur un tarmac en Corée du Sud en janvier 2025 ; tous les occupants ont survécu, mais l’appareil a été déclaré perte totale. Un mois de vol de moins que promis, un avion entier sacrifié pour une simple batterie de smartphone glissée dans un coffre à bagages.

Puis, quelques mois plus tard, un second choc. Un incendie de batterie externe dans un coffre à bagages sur le vol Air China CA139 en octobre 2025 a poussé United Airlines à interdire peu après le rangement des batteries externes dans les coffres supérieurs. Deux incidents, deux continents, une même cause : des batteries au lithium mal isolées qui entrent en court-circuit sans que personne ne s’en aperçoive avant qu’il ne soit trop tard.

Le phénomène n’a rien d’isolé. La FAA américaine a recensé 97 incidents vérifiés liés aux batteries au lithium à bord d’avions en 2025, les batteries externes et les cigarettes électroniques représentant l’essentiel des cas. Ramené à l’échelle mondiale, avec des millions de vols chaque année, le chiffre paraît presque modeste. Mais chaque incident implique une évacuation, une frayeur collective, parfois un appareil détruit. Suffisant pour que les compagnies asiatiques, souvent pionnières sur ces sujets de sécurité, réagissent les premières.

L’Asie, laboratoire des nouvelles règles

Difficile de trouver une région du monde qui ait autant durci ses politiques en si peu de temps. Thaï Airways a interdit l’usage des batteries externes à bord dès le 15 mars 2025, et Singapore Airlines a proscrit tout usage en vol en avril de la même année. Deux compagnies emblématiques du transport long-courrier vers l’Europe, prises pour référence par des millions de voyageurs français chaque année.

La Chine et Hong Kong n’ont pas traîné non plus. Le département de l’aviation civile de Hong Kong a mis en œuvre des règles plus strictes à partir du 7 avril 2025, interdisant l’usage des batteries externes pour recharger un appareil ou leur rangement dans les coffres supérieurs pendant les vols. Côté continental, l’Administration de l’aviation civile de Chine a annoncé qu’à partir du 28 juin 2025, les voyageurs ne peuvent plus transporter de batteries externes dépourvues de certification 3C sur les vols intérieurs. Un détail qui change tout pour ceux qui achètent leur power bank sur un marché local sans vérifier l’étiquette.

Le Japon a suivi le mouvement plus récemment. Les nouvelles règles japonaises devraient s’aligner sur une politique nationale entrant en vigueur en avril 2026. Même logique en Océanie : Qantas, Jetstar et Virgin Australia ont adopté la même approche en décembre 2025. D’un bout à l’autre du Pacifique, le message est identique : la batterie externe reste tolérée, mais son usage en vol devient l’exception plutôt que la norme.

Ce que la règle du ruban adhésif traduit vraiment

Coller ce petit morceau de scotch n’a rien d’une superstition. Toutes les batteries de rechange doivent être protégées contre les courts-circuits, en étant placées dans un emballage, un étui, ou en ayant leurs bornes recouvertes de ruban adhésif. La raison technique est limpide : contrairement à un smartphone ou un ordinateur portable, une batterie externe ne contient qu’une cellule, sans gestion thermique active, sans capteur de température, sans logiciel de surveillance des pics de courant. rien ne prévient si elle chauffe. Un simple contact accidentel entre les deux bornes, au fond d’un sac rempli de clés ou de pièces de monnaie, peut suffire à déclencher l’emballement thermique.

Les seuils réglementaires, eux, n’ont pas bougé sur le fond : la limite reste fixée à 100 Wh sans autorisation particulière, avec une tolérance jusqu’à 160 Wh sous accord de la compagnie. Ce qui a changé, c’est l’endroit où l’on a le droit de ranger l’objet. Depuis le 1er mars 2026, United Airlines interdit le rangement des batteries externes dans les coffres supérieurs ; elles doivent rester sur le passager, dans une poche de siège, ou dans un bagage sous le siège. Une contrainte qui s’est propagée bien au-delà des seules compagnies américaines, portée par la vague de durcissement venue d’Asie.

Pour le voyageur lambda, la conséquence est concrète. Fini le power bank oublié tout au fond du bagage cabine, glissé entre deux pulls avec des clés à proximité. Il faut désormais le garder à portée de main, visible, isolé, et souvent éteint pendant les phases sensibles du vol. Un rituel qui prendra sans doute racine partout, à mesure que les autorités aériennes du monde entier alignent leurs textes sur ceux, plus stricts, testés en premier sur les lignes asiatiques.