Deux sièges réservés, hublot et couloir, milieu vide. Le calcul semble malin : payer pour un seul confort, celui de ne pas coller un inconnu, en misant sur le fait que personne ne choisira la place centrale. Mais ce pari repose entièrement sur une variable que le couple ne contrôle jamais : le passager qui, lui, n’a rien réservé du tout et que l’algorithme de la compagnie va placer où bon lui semble.
À retenir
- Pourquoi l’astuce du siège vide au milieu ne fonctionne que certains jours
- Comment les algorithmes de Ryanair et easyJet reprennent le contrôle de votre plan de cabine
- La technique virale qui gèle les sièges du milieu (mais pour combien de temps ?)
Sommaire
Le pari du duo hublot-couloir, et ses failles
La technique est connue depuis des années chez les voyageurs habitués aux compagnies low-cost. Lorsqu’ils voyagent à deux, certains passagers réservent volontairement le siège côté hublot et celui côté couloir d’une même rangée, laissant libre le siège du milieu, en espérant que si le vol n’est pas complet, personne ne choisira cette place centrale. Sur le papier, c’est gratuit et ça marche presque à tous les coups sur les vols creux du mardi matin.
Le problème, c’est que ce calcul dépend entièrement du taux de remplissage de l’avion, une donnée que le passager ignore au moment de réserver. Cette technique fonctionne particulièrement bien sur les vols modérément remplis, avec des départs en milieu de semaine, tôt le matin ou sur des lignes moins fréquentées qui offrent souvent davantage de chances de succès. Mais dès que l’avion se remplit, la belle mécanique s’enraye. Lorsque l’avion affiche complet ou presque, le siège du milieu finit généralement par trouver preneur et le couple peut se retrouver à encadrer un inconnu pendant tout le vol. Le vrai décideur de l’expérience, ce n’est pas le couple qui a payé sa stratégie, mais le troisième passager, celui qui arrive en dernier, sans réservation de siège, et que le système va coller là où il reste de la place.
Ce que l’algorithme fait vraiment de ce passager fantôme
Pendant longtemps, la rumeur a circulé : les compagnies low-cost placeraient délibérément les passagers qui ne paient pas pour choisir leur siège aux endroits les moins désirables, histoire de les inciter à casquer la prochaine fois. Sur les forums de voyageurs, plusieurs témoignages évoquent ce mécanisme depuis des années. Un algorithme d’attribution de sièges viserait délibérément à séparer les couples et les groupes le plus possible s’ils ne paient pas pour sélectionner leur place. Un utilisateur affirmait même que les sièges B ou E seraient désormais attribués en priorité aux passagers solos qui ne paient pas pour choisir leur place, c’est-à-dire précisément les sièges du milieu.
Cette polémique a fini par attirer l’attention des autorités britanniques. La Civil Aviation Authority a ouvert une enquête sur la question, expliquant vouloir examiner comment les compagnies aériennes décident où placer les passagers ayant réservé en groupe, et si certaines séparent volontairement ces groupes alors qu’elles pourraient les asseoir ensemble. Ryanair, de son côté, a toujours défendu la transparence de son système, rappelant que sa politique est claire pour les clients, avec des sièges disponibles à partir de 2 euros et des places gratuites pour les enfants voyageant en famille. EasyJet a adopté une posture différente, affirmant disposer d’un vrai correctif automatique : si les passagers choisissent de ne pas payer pour sélectionner leur siège, le système d’easyJet est programmé pour essayer de placer les familles ensemble au moment de l’enregistrement en ligne, grâce à un algorithme. Deux philosophies, deux résultats potentiellement très différents pour le couple qui pensait maîtriser la situation en misant sur un siège vide au milieu.
La combine qui neutralise (temporairement) le passager inconnu
Face à cette incertitude, une astuce a fait le tour des réseaux sociaux ce printemps. Elle ne consiste plus à espérer que personne ne prenne le milieu, mais à empêcher activement que quelqu’un le fasse. La conseillère en voyages Lauren Hawker-Jones en a fait la démonstration dans une vidéo qui a dépassé les 200 000 vues : elle y explique comment obtenir un siège côté hublot ou couloir sans frais supplémentaires, une astuce qui repose sur une faille du système de réservation de la compagnie low-cost.
Le principe est presque enfantin. Il faut se connecter à son enregistrement de vol 24 heures avant le décollage, puis repérer les sièges encore disponibles sur le plan de l’appareil. Ensuite, on ouvre un autre onglet sur le site pour effectuer une nouvelle réservation fictive sur le même vol, en ajoutant trois passagers imaginaires auxquels on attribue les places du milieu encore vacantes. Le système, persuadé que ces sièges sont sur le point d’être vendus, les gèle temporairement. L’astuce fonctionne car la réservation fictive n’est jamais finalisée ni payée : les sièges sont simplement bloqués pendant le processus, ce qui suffit à modifier l’attribution aléatoire pour le voyageur qui actualise sa page. Une manière détournée, presque ironique, de reprendre la main sur ce fameux passager inconnu en l’empêchant tout simplement d’exister sur le plan de cabine.
Ryanair n’a pour l’instant réagi ni pour confirmer ni pour corriger cette faille. La compagnie n’a fait aucun commentaire sur cette vidéo virale et n’a pas indiqué si elle comptait corriger cette faille dans son système de réservation. D’autres voyageurs recommandent une méthode plus patiente : ne pas se précipiter à l’ouverture de l’enregistrement en ligne. Le système de Ryanair aurait tendance à remplir d’abord les sièges du milieu, et attendre 6 à 10 heures après l’ouverture du check-in augmenterait les chances d’obtenir des places côte à côte côté couloir ou hublot.
Ce qu’il faut vraiment retenir avant de réserver
Aucune de ces méthodes n’offre de garantie absolue, et c’est bien tout l’enjeu : tant que le siège du milieu reste soumis à un tiers imprévisible, le couple qui a réservé hublot et couloir joue une partie dont il ne détient pas toutes les cartes. La solution la plus fiable reste, sans surprise, de payer les quelques euros que réclament ces compagnies pour verrouiller trois sièges consécutifs. Une option boudée par calcul d’économie, alors qu’elle coûte souvent moins cher qu’un café et un sandwich à l’aéroport. La prochaine fois qu’un vol low-cost s’annonce complet, mieux vaut regarder le taux de remplissage affiché au moment du check-in que de compter sur la martingale du milieu vide.
Sources : fr.quora.com | soonnight.com
