Un fjord scandinave en plein Jura, à trois heures de Lyon. C’est la première image qui vient à l’esprit devant le lac de Vouglans : des falaises abruptes qui plongent dans une eau turquoise, des forêts denses qui dévalent jusqu’aux rives, et un silence que seuls les cris des baigneurs viennent parfois briser. Situé à une altitude de 429 mètres près de Moirans-en-Montagne, le lac de Vouglans est, avec ses 35 kilomètres de longueur, le troisième plus grand réservoir d’eau artificiel de France. Assez pour comprendre pourquoi certains visiteurs, venus poser leur sac pour un week-end, finissent par prolonger leur séjour d’une bonne semaine.
À retenir
- Un fjord scandinave a mystérieusement surgi au cœur du Jura français en 1968
- Deux villages entiers reposent sous l’eau, refaisant surface lors des sécheresses
- L’heure d’arrivée avant 10 h n’est pas un mythe mais une règle tacite qui change tout
Sommaire
Un fjord né d’un sacrifice
Ce plan d’eau n’a rien de naturel, contrairement à ce que sa beauté laisse penser. Sa mise en service en 1968 est à l’origine du lac de Vouglans, troisième plus grande retenue artificielle d’eau de France de par sa capacité, avec 605 millions de mètres cubes. Derrière cette prouesse d’ingénierie, une vallée entière a disparu sous les flots. La retenue a submergé 1600 hectares de terrains répartis sur treize communes, entraînant la disparition des villages du Bourget avec son hameau de Bellecin, et du hameau de Brillat. Au total, la construction du barrage de Vouglans a mis 150 personnes dans l’obligation de quitter leur foyer.
Cette histoire a même inspiré la littérature et la télévision. Le déplacement des habitants de la vallée inspira à l’écrivain André Besson son roman à succès Le Village englouti. L’anecdote qui a nourri ce livre est particulièrement touchante : lors d’une visite sur place en 1968, alors que le barrage finissait de se remplir, l’écrivain fut touché par les regrets d’une femme pleurant sa ferme désormais engloutie. Aujourd’hui encore, lors des épisodes de sécheresse et de basses eaux, des vestiges refont surface. Des puits, des pierres, parfois des objets du quotidien, remontent des profondeurs comme des cartes postales oubliées d’un monde disparu.
Pourquoi il faut arriver avant 10 heures
La règle est devenue un quasi-rituel pour les habitués. En pleine saison, mieux vaut ne pas traîner au petit-déjeuner. Les guides locaux sont unanimes sur ce point : il faut se présenter avant 10 heures pour espérer trouver une place de parking sans tourner en rond pendant une demi-heure. Trois plages surveillées concentrent l’essentiel de l’affluence estivale : la plage de la Mercantine, la plage du Surchauffant et la plage de Bellecin, qui proposent des zones de sable ou de pelouse ainsi que des services de restauration et de location de matériel.
Le pic de fréquentation, lui, se situe en milieu d’après-midi. Un guide local le résume sans détour : « la plage est le plus fréquentée entre 14h et 17h en juillet-août ; partir avant ou après évite la foule ». Le calcul est simple : arriver tôt, c’est profiter d’une eau lisse comme un miroir, d’une lumière encore douce, et d’un parking pas encore saturé. Repartir en fin de matinée avant le rush, ou revenir en fin de journée pour le coucher de soleil sur le pont de la Pyle, c’est la stratégie des connaisseurs. Bonne nouvelle pour les budgets serrés : se garer au lac de Vouglans reste simple et entièrement gratuit sur les parkings principaux desservant les plages.
Une eau à 25°C et des activités à ne pas manquer
La couleur turquoise du lac n’est pas qu’un argument marketing. Sa couleur turquoise intense est due à la pureté de l’eau et aux reflets de la végétation environnante, avec une température qui reste agréable, autour de 22 à 25°C en été. De quoi comprendre pourquoi les familles s’attardent bien plus longtemps que prévu sur les rives. Chaque plage a sa personnalité propre : Surchauffant propose une offre plus festive et des activités motorisées à proximité, Bellecin combine sport et calme, tandis que La Mercantine est souvent prisée pour son port et ses services.
Pour les amateurs de sensations plus douces, le tour du lac à pied reste une aventure au long cours. Un sentier de Grande Randonnée de Pays de 82 km permet de faire le tour complet du lac, une aventure qui demande plusieurs jours de marche. Moins engageant mais tout aussi spectaculaire, le franchissement du plan d’eau à pied sec vaut le détour : le pont de la Pyle, long de 351 mètres, enjambe le lac et relie les deux rives, offrant un panorama spectaculaire aux piétons. Côté nautisme, l’offre est large et structurée autour de trois ports historiques. Le lac compte trois ports principaux, chacun ayant sa spécialité : le port de la Saisse dédié à la pêche, le port du Surchauffant axé sur le nautisme, et le port de Mercantine spécialisé dans la voile. La base nautique de Bellecin, elle, a une réputation qui dépasse largement le cadre touristique : cette base, dédiée à la voile légère et à l’aviron, accueille des séjours scolaires, des colonies de vacances et même l’équipe de France d’aviron.
S’organiser pour ne pas se faire surprendre
Le revers de la médaille, c’est un accès qui demande un minimum d’anticipation. Pas de gare à proximité immédiate, pas de ligne de bus régulière jusqu’aux plages : la voiture reste, de loin, le moyen le plus fiable pour rejoindre les rives. Autre détail à anticiper avant de partir sac au dos vers une crique isolée : la couverture mobile reste inégale dans certaines criques bordées de falaises, ce qui complique le paiement en ligne au dernier moment et la consultation des prévisions météo. Un simple sac à dos avec de l’eau, une carte papier des sentiers et un peu de liquide évite bien des tracas.
Reste la question de la saison idéale. Juillet et août garantissent une eau chaude et des animations à foison, mais aussi le plus grand monde. Les habitués du secteur préfèrent souvent juin ou septembre, quand la baignade reste confortable mais que les parkings ne saturent plus dès l’aube. Un dernier repère à connaître : les grandes vidanges décennales du barrage, organisées par EDF pour inspecter l’ouvrage, révèlent parfois des pans entiers du village englouti de Bourget, transformant temporairement le fond du lac en site archéologique à ciel ouvert pour les curieux qui savent où regarder.
Sources : creativecommons.fr | jura-tourism.com
