Un stationnement gratuit à trois kilomètres du centre-ville. Voilà ce qui sépare les visiteurs qui subissent la cohue estivale d’Étretat de ceux qui la contournent intelligemment. Pendant que la falaise d’Aval croule sous les selfies et les bus de touristes, un petit hameau nommé Bénouville reste, lui, presque désert. Et pourtant, il ouvre sur le même sentier côtier, les mêmes vues sur l’Aiguille creuse, sans la queue pour se garer.
À retenir
- Un petit hameau nommé Bénouville cache un accès méconnu aux falaises d’Étretat
- Le stationnement gratuit et accessible reste le secret best-kept de la côte normande
- Le sentier côtier offre les mêmes panoramas, mais sans les files d’attente et les selfies de masse
Sommaire
Étretat, victime de son propre succès
Les chiffres donnent le tournis. Chaque été, la petite commune normande d’Étretat devient le théâtre d’un afflux massif de visiteurs venus admirer ses célèbres falaises, avec près d’1,5 million de touristes qui y affluent chaque année, attirés par un décor naturel spectaculaire rendu célèbre par Monet et les récits d’Arsène Lupin. Rapporté à la population locale, le rapport donne le vertige : Étretat, qui abrite ordinairement 1230 habitants, accueille jusqu’à 1,2 million de touristes par an. chaque habitant croise potentiellement un millier de visiteurs sur l’année.
Le maire ne mâche pas ses mots. « Je crois qu’on est la première ville de France si on prend la péréquation entre le nombre d’habitants et les locations. Et ça devient dramatique », alerte André Baillard, maire d’Étretat, au micro de RTL. Le phénomène ne se limite pas à l’affluence sur les falaises : dans cette commune de moins de 1 500 habitants, les meublés touristiques, dont une part importante de logements Airbnb, représenteraient jusqu’à 30 % de l’offre du centre-ville. Un « Touriscore », outil inspiré du Nutriscore et développé pour mesurer la pression touristique, place d’ailleurs Étretat parmi les villes les plus touchées de France, aux côtés d’Annecy, Nice ou Cannes.
Le mois d’août ne fait qu’amplifier ce phénomène déjà tendu le reste de l’année. Juillet et août correspondent à la haute saison touristique avec une affluence importante, particulièrement les week-ends. Sur le parking du front de mer, il n’est pas rare d’attendre de longues minutes avant de trouver une place, quand elle existe encore. Sur les sentiers des falaises d’Amont et d’Aval, les groupes se croisent en file indienne, appareils photo levés vers l’Aiguille et la Manneporte. Un décor qui a inspiré des générations d’artistes, mais qui devient difficile à apprécier sereinement quand on le partage avec des centaines d’inconnus au même moment.
Bénouville, la porte dérobée vers les mêmes falaises
Il existe pourtant un accès quasi confidentiel aux mêmes panoramas. Le hameau de Bénouville, rattaché à la commune du Tilleul, se situe à quelques kilomètres seulement d’Étretat, sur le tracé du sentier côtier. Au départ de Bénouville, où le parking est gratuit, il suffit de suivre le balisage rose jusqu’à Étretat. Contrairement au stationnement du centre-ville, saturé dès 9 heures en pleine saison, celui-ci reste accessible sans stress, même en plein cœur de l’été.
Le tracé le plus complet forme une boucle d’une dizaine de kilomètres. La randonnée « Étretat – Falaises d’Étretat boucle au départ de Bénouville » représente environ 3h39 de marche pour 13,5 km, un format accessible à toute la famille sur des sentiers facilement accessibles nécessitant une bonne condition physique. D’autres variantes existent, plus courtes : un circuit d’environ 8 kilomètres représente en moyenne 2h00 de marche, idéal pour une matinée avant de rejoindre la plage l’après-midi.
Le parcours n’a rien d’un simple raccourci. Il fait étape au petit village de Bénouville, avec un crochet possible au château du XVe siècle pour les curieux, avant de redescendre vers la côte. On y croise le chemin qui grimpe au-dessus de la valleuse d’Etretat en direction de la Chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, offrant une vue sur le village et sur la Porte d’Aval. le même monument naturel que celui photographié par des milliers de touristes chaque jour, mais découvert par le sentier, à son rythme, sans piétiner personne.
Un détour qui change complètement l’expérience
Ce qui frappe sur ce tracé, c’est le contraste. D’un côté les champs du Pays de Caux, silencieux, où l’on entend surtout le vent et les oiseaux. De l’autre, à quelques centaines de mètres, la houle des visiteurs sur la promenade d’Étretat. Les randonneurs qui empruntent ce chemin le confirment eux-mêmes : un témoignage relevé sur le parcours évoque une « superbe marche sur les falaises ce dernier dimanche d’août », tout en notant « beaucoup de monde dans et autour d’Etretat ». La foule reste concentrée sur le cœur de station, pas sur les abords ruraux du sentier.
Pour optimiser l’expérience, mieux vaut composer avec les horaires de marée et la lumière. L’accès aux falaises est gratuit et possible toute l’année, mais il est recommandé de consulter les horaires des marées avant la visite : à marée haute, certaines parties de la plage peuvent être inaccessibles, tandis qu’à marée basse, on peut explorer les grottes et s’approcher des arches. Une bonne raison de partir tôt depuis Bénouville, d’atteindre les falaises en fin de matinée à marée basse, puis de redescendre vers le village avant que les cars de tourisme ne saturent totalement le front de mer.
Le vrai avantage de cet itinéraire, c’est qu’il ne demande aucune application secrète ni connaissance d’initié : les cartes de randonnée classiques le référencent depuis des années. Seulement, la grande majorité des visiteurs d’un jour ignore son existence, trop pressés de foncer vers le parking central et la plage de galets. Ceux qui prennent le temps de chercher un itinéraire alternatif découvrent souvent que les plus belles vues sur la côte d’Albâtre ne se trouvent pas forcément là où tout le monde s’arrête pour la photo.
Sources : komoot.fr | visorando.com
