Un droit de passage vieux de 129 ans permet de fouler gratuitement les célèbres colonnes basaltiques d’Irlande du Nord, sans jamais s’arrêter à la billetterie du centre d’accueil. Un droit de passage public existe, établi par la Haute Cour de Dublin en 1897, permettant un accès public non entravé au site à tout moment. Résultat ? Des milliers de visiteurs paient chaque année un ticket dont ils n’ont, en réalité, jamais eu besoin pour poser le pied sur les célèbres pavés hexagonaux.
La confusion est entretenue par la géographie même du lieu. Le centre d’accueil de la Chaussée des Géants n’est pas la Chaussée des Géants elle-même : il est construit à environ un mile du site réel. Entre les deux, un sentier pavé serpente sur la lande, et c’est justement ce tronçon que les habitués évitent en démarrant leur marche plus bas, depuis un parking gratuit ou un accès secondaire, loin des guichets.
À retenir
- Une décision judiciaire de 1897 garantit l’accès public gratuit aux pierres, indépendamment de la billetterie
- Trois itinéraires alternatifs contournent le centre d’accueil avec des parkings gratuits ou moins chers
- Le véritable obstacle n’est pas l’entrée mais le stationnement — voici comment l’éviter
Sommaire
Un vieux litige juridique qui protège l’accès libre
L’histoire remonte à la fin du XIXe siècle, quand une compagnie privée tenta de faire payer l’accès au site. La justice irlandaise trancha en faveur du public, et cette décision fait toujours jurisprudence aujourd’hui. L’accès aux pierres de la Chaussée est possible 24 heures sur 24, 365 jours par an, sans frais, et personne ne peut empêcher quiconque de descendre le chemin. Concrètement, ce que l’on paie au comptoir n’a jamais concerné la roche volcanique, mais un ensemble de prestations annexes.
On peut descendre gratuitement jusqu’aux pierres et à la côte, mais un billet est nécessaire pour la Visitor Experience, qui inclut l’entrée à l’exposition, une visite guidée et le parking gratuit. Le personnel du National Trust, gestionnaire du site, ne cache pas cette information si on la demande directement, mais rien dans la signalétique ne l’affiche clairement à l’arrivée. Sur place, aucun panneau n’indique clairement qu’il n’est pas obligatoire de payer pour voir la Chaussée des Géants : on n’y trouve que les tarifs de parking et les prix des billets pour le centre d’accueil. Une opacité qui, année après année, alimente le sentiment d’un site présenté comme payant alors qu’il ne l’est pas.
Les parkings qui changent toute l’équation
Le vrai obstacle, ce n’est pas l’entrée du site : c’est la voiture. Il est difficile de ne pas utiliser les parkings officiels, le stationnement étant strictement interdit dans les rues secondaires sous peine de lourdes amendes, et le seul moyen d’éviter ce coût est une longue promenade jusqu’à la Chaussée. D’où l’existence, bien connue des riverains, de solutions alternatives à quelques kilomètres à peine.
Direction Portballintrae, petit village côtier à un quart d’heure de route. On y trouve le parking gratuit de Salmon Rock Beach, avec des toilettes publiques sur place, d’où un sentier bien balisé et bien entretenu mène jusqu’à la Chaussée des Géants. Comptez une trentaine de minutes de marche, le long d’une côte spectaculaire, pour rejoindre le site sans avoir sorti le portefeuille. Autre option prisée : le château de Dunseverick, plus au nord. On peut y garer sa voiture et emprunter un sentier de 4,8 miles (aller simple) jusqu’à la Chaussée, une marche d’environ 1h30 dans un décor spectaculaire et bien entretenu la plupart du temps. Pour le retour, pas besoin de refaire tout le chemin à pied : un bus de la ligne Translink 172 permet de rejoindre Dunseverick depuis un arrêt situé juste en contrebas du centre d’accueil.
Il existe aussi une option intermédiaire pour ceux qui veulent éviter le tarif plein sans pour autant marcher des heures. Le Causeway Coast Way Car Park facture 12 £ par véhicule et fonctionne sans réservation. C’est moins cher que le parking officiel du centre d’accueil, et il permet de rejoindre les sentiers côtiers directement, sans passer par le hall d’accueil.
Le sentier bleu, et l’astuce du toit
Une fois sur place, encore faut-il choisir son itinéraire. Le Blue Trail, qui relie le centre aux colonnes, mesure environ 1,3 km dans un sens : la descente est relativement simple, mais le retour se fait en montée et peut fatiguer lorsque le vent souffle fort. C’est le chemin classique, celui que prennent la majorité des touristes arrivés en bus ou en voiture depuis le parking payant.
Mais les habitués, eux, connaissent une variante amusante et parfaitement légale. Quand on entre par le centre d’accueil, la porte donne directement sur le sentier, mais on se retrouve alors à marcher au-dessus du toit du bâtiment, sur des marches qui en sortent littéralement. Un détail architectural qui surprend souvent les visiteurs, mais qui illustre bien la philosophie du lieu, conçu en 2012 pour se fondre dans le paysage plutôt que pour s’imposer dessus. Un centre discret et volontairement effacé, dessiné pour se fondre dans le paysage, a ouvert en 2012.
Pour les amateurs de hauteur, un autre parcours mérite le détour : le sentier qui longe les falaises à l’est de la Chaussée offre de belles vues et reste bien plus calme que la zone proche du centre d’accueil. Moins fréquenté, souvent balayé par le vent, il permet d’admirer les colonnes hexagonales depuis le haut, sans la foule qui s’agglutine au niveau de la mer aux heures de pointe estivales.
Reste un chiffre qui met les choses en perspective : la Chaussée des Géants accueille environ un million de visiteurs chaque année, dont une bonne partie ignore encore que le fameux comptoir d’entrée n’est, juridiquement, qu’une option parmi d’autres. La prochaine fois que vous croiserez la file d’attente devant les caisses, sachez qu’à quelques centaines de mètres, un sentier discret mène exactement au même endroit, gratuitement, et souvent avec bien moins de monde.
Sources : nunkie.fr | guide-irlande.com
