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« On adorait l’Algarve » : pourquoi ces habitués de l’été portugais filent désormais sur cette côte galicienne aux airs de fjords

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Trois heures de vol, un budget qui explose chaque été et des plages où il faut réserver sa serviette dès l’aube : voilà ce qui pousse une partie des habitués du Portugal à regarder plus au nord, vers la Galice. Cette région autonome du nord-ouest espagnol, avec ses estuaires qui rappellent les fjords scandinaves, s’impose depuis deux ou trois étés comme la destination de report pour ceux qui ont fini par se lasser de l’Algarve bondée.

À retenir

  • Pourquoi l’Algarve n’attire plus autant qu’avant les touristes réguliers ?
  • Quel secret caché les rías galiciennes pour rivaliser avec le Portugal ?
  • Comment profiter de cette côte espagnole sans se ruiner ?

L’Algarve paie le prix de son succès

Le paradoxe n’est pas nouveau, mais il s’aggrave. La région du sud du Portugal, née comme destination balnéaire dans les années 1960 et longtemps prisée des touristes britanniques, allemands et néerlandais, est le berceau du tourisme en Algarve depuis les années 1960 et reste la zone la plus développée de la région. Le revers de cette médaille : des villages de pêcheurs transformés en stations balnéaires saturées, où certains anciens villages de pêcheurs sont désormais de grandes stations avec des immeubles et hôtels qui ressemblent parfois à Miami ou à la Costa del Sol.

Le phénomène dépasse d’ailleurs largement l’Algarve. Une enquête du Guardian, relayée par Euronews, a documenté comment certains quartiers de la capitale portugaise se vident de leurs résidents au profit des locations touristiques : un habitant de Lisbonne a témoigné n’avoir plus aucun voisin, alors qu’il vit en plein centre-ville, un phénomène qui laisse certains quartiers de la capitale ressembler à un lieu fantôme. Face à cette pression, le gouvernement portugais tente de rediriger les flux touristiques : Lisbonne finance 12 projets touristiques à hauteur de 4,5 millions d’euros, pour un investissement total d’environ 11 millions d’euros destiné à développer le tourisme dans le nord et le centre du pays ainsi qu’en Alentejo et Ribatejo, dans le cadre d’une initiative lancée en février 2025 dotée d’un budget de 30 millions d’euros. Un effort louable, mais qui ne change rien à la réalité du mois d’août sur les plages de Vilamoura ou d’Albufeira.

Des fjords sous latitude ibérique

La Galice, elle, joue sur un tout autre registre. Sa côte est découpée par les fameuses rías, ces longs bras de mer qui s’enfoncent profondément dans les terres et que l’on compare volontiers aux paysages nordiques. La ressemblance n’est pas qu’une image marketing : les rias sont en réalité les estuaires de la côte galicienne, et ce phénomène géographique porte d’autres noms ailleurs en Europe, comme les fjords en Norvège, les lochs en Écosse ou les abers en Bretagne. On distingue traditionnellement deux ensembles : les Rías Altas, entre A Coruña et Ribadeo, plus sauvages et exposées au vent, et les Rías Baixas plus au sud, entre Vigo et Noia, réputées plus douces.

Le décor, lui, n’a rien de nordique. Dans le parc national des îles Atlantiques, au large de Vigo, l’archipel des Cíes cultive une réputation qui frôle l’absurde tant elle contraste avec l’image habituelle de l’Espagne pluvieuse du nord. Cet archipel possède des eaux si turquoise et des sables si blancs qu’ils évoquent des plages caribéennes, « jusqu’à ce qu’on y trempe un doigt », comme le note le quotidien britannique The Guardian, qui a désigné la plage de Rodas comme la plus belle du monde. Un titre qui a fait le tour des réseaux sociaux ces dernières années et attire chaque été davantage de curieux, sans pour autant transformer l’archipel en foire touristique : l’accès y reste strictement contingenté, les îles étant restées inhabitées et ouvertes au public uniquement l’été, préservées comme un havre naturel, sans hâte ni circulation.

Le porte-monnaie, argument décisif

Au-delà du paysage, c’est bien souvent une question d’euros qui fait pencher la balance. Les écarts de prix entre les deux régions sont loin d’être anecdotiques. Une nuit dans un hôtel trois étoiles dans les Rías Baixas coûte entre 75 et 95 euros en haute saison, contre 120-140 euros en moyenne à Porto ou à Lagos à la même période. Sur une semaine et deux chambres, la différence dépasse largement les 500 euros. Même logique à table : la Galice offre l’un des meilleurs rapports qualité-prix du sud de l’Europe pour les fruits de mer et le poisson frais, et un repas qui coûterait 60 euros par personne au Portugal revient à moins de 40 euros côté galicien, pour une qualité de produit souvent supérieure grâce à la proximité des marchés.

Ce différentiel tarifaire s’accompagne d’un sentiment que les voyageurs interrogés résument par un mot : l’authenticité. Les Rías Baixas ne figurent pas encore sur le radar du tourisme de masse au même titre que l’Algarve ou Sintra, ce qui correspond précisément à ce que recherchent les voyageurs en 2026 : des destinations qui conservent leur identité locale. Les autorités régionales l’ont bien compris et misent dessus : la Xunta de Galice a lancé une stratégie de promotion internationale sans précédent, avec une présence sur les salons européens et asiatiques et des voyages de découverte pour les prescripteurs. Reste à savoir si la région saura grandir sans reproduire les erreurs de son voisin portugais.

S’y rendre sans complication

Contrairement à une idée reçue, la Galice n’est pas si difficile d’accès depuis la France. La région compte trois aéroports internationaux : Santiago-Rosalía de Castro à Saint-Jacques-de-Compostelle, Alvedro à La Corogne et Peinador à Vigo, qui permettent de rejoindre facilement n’importe quelle destination touristique. Vigo, la ville la plus peuplée de la région, sert souvent de point de départ pour explorer les Rías Baixas et embarquer vers les Cíes, avec une traversée qui ne dépasse généralement pas quarante minutes en haute saison.

Un détail mérite d’être précisé avant de faire ses valises : la baignade dans les rías n’a rien à voir avec celle de l’Algarve. L’eau, alimentée par l’Atlantique nord, reste fraîche même en plein août, souvent sous les 20°C. C’est précisément ce grand écart entre décor tropical et température nordique qui rend la Galice si particulière, et qui explique pourquoi les habitués de l’Algarve, une fois convertis, en parlent moins comme d’un compromis que comme d’une découverte.