Cuenca, ce nom ne dit sans doute rien à la majorité des voyageurs qui foncent vers Tolède depuis Madrid. C’est pourtant à cette ville perchée entre deux gorges que je pense encore, des semaines après y être allé. Un week-end d’automne suffit à comprendre pourquoi Tolède, malgré son prestige, ne mérite plus la première place sur la liste des escapades depuis la capitale espagnole.
Le trajet en lui-même a des allures de prouesse technique. Le trajet en train de Madrid à Cuenca dure 56 minutes, avec des variations selon les horaires. Le train couvre 138 kilomètres en environ 54 minutes. Un chiffre qui remet les choses en perspective : c’est à peine plus long qu’un trajet Paris-Chartres, sauf qu’on débarque dans un décor médiéval suspendu au-dessus du vide.
- Cuenca se rejoint en 56 minutes d’AVE depuis Madrid, soit à peine plus long qu’un Paris-Chartres
- Les Casas Colgadas du XVe siècle surplombent littéralement les gorges du Huécar depuis la passerelle de San Pablo
- L’automne transforme la lumière sur les falaises en sculptures ocre et rouille, loin des foules qui envahissent Tolède
Sommaire
Une ville accrochée à la falaise, littéralement
La vieille ville fortifiée de Cuenca est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996. Mais ce classement ne raconte qu’une partie de l’histoire. La véritable singularité du lieu tient à sa position : perché entre les gorges du Huécar et du Júcar, ce secteur concentre des témoignages architecturaux, culturels et paysagers d’une grande richesse.
Les fameuses Casas Colgadas, les maisons suspendues, cristallisent cette étrangeté architecturale. Ces bâtisses agrippées aux falaises escarpées surplombant le Huécar datent en réalité du XVe siècle pour leur structure à encorbellement. Le meilleur point de vue ? Il faut traverser le pont de San Pablo pour admirer la meilleure perspective sur les maisons suspendues, une passerelle métallique qui surplombe littéralement le vide.
Ce vertige architectural n’est pas qu’un décor de carte postale. L’une de ces maisons suspendues abrite depuis 1966 un musée d’art abstrait espagnol, fondé par le peintre Fernando Zóbel. Des œuvres de Tàpies, Chillida ou Millares y sont exposées, dans un contraste saisissant entre modernité et pierre médiévale.
Pourquoi l’automne change tout
À Tolède, l’automne rime avec cars de touristes et files d’attente devant la cathédrale. À Cuenca, c’est une autre histoire. La ville reçoit environ 450 000 visiteurs par an, un chiffre qui paraît énorme jusqu’à ce qu’on le compare aux plusieurs millions qui écrasent Tolède chaque saison.
Résultat concret : on peut flâner dans les ruelles pavées du Casco Antiguo sans jouer des coudes, s’attarder sur la Plaza Mayor sans qu’un groupe guidé ne vous bouscule.
La lumière d’octobre et novembre sculpte les gorges du Huécar d’une manière que l’été, trop dur, écrase. Les couleurs ocre et rouille de la pierre calcaire répondent aux tons chauds de la végétation environnante. Un cadre qui change littéralement selon l’heure de la journée, quand le soleil rasant accroche les façades des maisons suspendues.
Les randonneurs ne s’y trompent pas. Le printemps et l’automne sont idéaux pour profiter des randonnées et des paysages, contrairement à l’été où la chaleur écrase la région et à l’hiver où le froid peut mordre sec en altitude. Cuenca culmine en effet à plus de 900 mètres, un détail qui explique aussi pourquoi les températures y restent plus fraîches qu’à Madrid ou Tolède.
Au-delà des maisons suspendues, un territoire entier à explorer
S’arrêter aux Casas Colgadas serait une erreur. La cathédrale de Cuenca revendique un statut particulier dans l’histoire architecturale espagnole. Elle fut érigée comme la première cathédrale gothique d’Espagne, sur le site d’une ancienne grande mosquée. Un fait qui surprend souvent les visiteurs, habitués à associer ce titre à des villes plus connues.
À une trentaine de kilomètres de la ville s’étend la Ciudad Encantada, un site naturel où l’érosion a sculpté des formations rocheuses aux allures fantastiques. Un aller-retour qui se fait facilement en une demi-journée, en voiture de location depuis la gare.
Cuenca compte aujourd’hui près de 53 000 habitants, une taille humaine qui tranche avec l’agitation touristique de Tolède. On y mange dans des bars à tapas tenus par des familles depuis des générations, loin des restaurants calibrés pour cars de touristes qui pullulent aux abords de l’Alcázar tolédan.
Le trajet retour vers Madrid se fait tout aussi vite, avec des départs échelonnés tout au long de la journée jusqu’en soirée. De quoi caser Cuenca dans un simple aller-retour à la journée, ou mieux, y passer une nuit pour voir les maisons suspendues s’éclairer à la tombée du jour, quand les touristes de passage ont déjà repris le train.
Sources : vanupied.com | voymag.com

