in

J’ai découvert ce lac slovène par hasard et je ne retournerai plus jamais à Bled

Rate this post

Un panneau mal traduit sur une carte, une envie de fuir la foule qui s’agglutine devant l’église de l’île de Bled, et me voilà à trente minutes de route, face à un lac que je ne connaissais que de nom. Le lac de Bohinj. Depuis ce jour, je ne remets plus les pieds à Bled en pleine saison, et je ne suis pas près de changer d’avis.

Soyons honnêtes : Bled mérite sa réputation. Cette petite ville est réputée pour son lac glaciaire d’une couleur émeraude, son îlot pittoresque et son château médiéval perché sur une falaise, dans un cadre naturel apprécié tout au long de l’année. Le problème, ce n’est pas le paysage. C’est ce qui se passe autour.

À retenir

  • Pourquoi ce panneau mal traduit a changé à jamais votre rapport aux lacs slovènes
  • Ce que cachent les chiffres vertigineux sur la fréquentation touristique de ces deux lacs
  • Le détail qui explique pourquoi l’eau de Bohinj n’a rien à voir avec celle de Bled

Bled, la carte postale qui craque sous son propre succès

En été, le tableau change radicalement. En pleine saison touristique, Bled n’est pas un îlot de sérénité : le village est bondé, les plages envahies et le chemin du lac est parcouru d’embouteillages piétons. Un habitant de Bled, batelier de pletna depuis des générations, résume la situation sans détour : « il faut tout de même s’y habituer, surtout lorsque les visiteurs sont nombreux, trop nombreux. Par exemple, pendant la haute saison, il faut faire ses courses à 7h du matin car, dès 9h, les magasins sont dévalisés ». Même les gorges de Vintgar, pourtant excentrées, n’échappent plus à la cohue : mieux vaut privilégier d’autres itinéraires si l’on veut éviter de « les visiter à la queue leu leu dans la foule », comme le conseille une voyageuse installée en Slovénie.

Ajoutez à cela des parkings hors de prix et des bouchons pour simplement approcher le rivage, un phénomène décrit noir sur blanc par des vanlifers de passage l’an dernier : « il y a un bouchon énorme pour s’approcher du lac et les parkings sont hors de prix » et « Bled est probablement magnifique, mais à coup sûr très touristique ». Le site tente pourtant de réagir. Bled s’engage depuis plusieurs années dans une démarche de tourisme durable, ce qui lui a valu l’obtention de labels reconnaissant ses efforts en matière de préservation de l’environnement et de mobilité douce. Louable, mais insuffisant face au volume de visiteurs qui continue de grimper chaque année.

Bohinj, le même décor sans la cohue

À une trentaine de minutes de route, tout change. On aborde un tout autre univers, moins touristique, plus sauvage : le lac de Bohinj, le plus grand lac permanent de Slovénie. Niché au cœur des Alpes juliennes, c’est un lac glaciaire de 3,18 km², barré par une moraine, à 525 mètres d’altitude dans le parc national du Triglav. Deux fois la surface de Bled, pour une fraction de ses visiteurs.

Les chiffres varient légèrement selon les sources, mais la tendance est sans appel. Certains évoquent un label Platinum du programme Slovenia Green, la certification la plus haute en tourisme durable du pays, avec Bohinj recevant dix fois moins de visiteurs que Bled tout en étant à seulement 30 minutes de route de son voisin surpeuplé. D’autres avancent une fréquentation d’environ 300 000 visiteurs annuels, cinq fois moins que Bled. Cinq fois, dix fois, peu importe l’exactitude du chiffre : dans les deux cas, l’écart est colossal, et il se ressent dès qu’on pose le pied sur la rive.

L’eau, elle aussi, joue dans une autre catégorie. Le lac de Bohinj est si propre qu’on peut boire son eau directement, c’est l’un des lacs les plus purs d’Europe. Et la navigation y reste volontairement limitée : seuls deux bateaux touristiques électriques sont autorisés sur le lac, ce qui en fait un havre de paix pour la baignade, le kayak, la marche et la découverte de la nature.

Ce qu’on fait vraiment sur place

La journée type à Bohinj n’a rien d’un simple arrêt photo. Le point de départ classique reste Ribčev Laz, où se concentre la plupart des services, parking, bateaux, restaurants, tandis qu’à l’opposé, Ukanc est le point de départ vers la cascade de Savica et le téléphérique du Vogel. Entre les deux rives, l’ambiance reste résolument nature : douze kilomètres de rives avec des sections quasi sauvages sur la rive nord.

Pour les amateurs de vélo, une piste longe la vallée sur plusieurs kilomètres, loin de toute route passante, offrant des vues sur les alpages traditionnels et les séchoirs à foin typiques de la région. Pour les randonneurs plus ambitieux, Bohinj sert aussi de porte d’entrée vers le sommet national : l’ascension du Triglav, point culminant slovène à 2 864 mètres, par la voie sud démarre du refuge Koča pri Savici, deux jours de marche avec une nuit en refuge.

Et pour ceux qui veulent goûter à la culture locale plutôt qu’aux souvenirs standardisés, il existe même un rendez-vous folklorique bien vivant : chaque septembre, la « Kravji bal », le bal des vaches, célèbre la descente des alpages, avec des vaches décorées de fleurs défilant dans le village. Essayez de trouver l’équivalent sur les rives bondées de Bled un jour d’août.

Le revers de la médaille, et pourquoi j’y retourne quand même

Soyons nuancé : Bohinj n’est pas un secret absolu. En pleine saison, la plage près de l’église peut elle aussi se remplir, certains visiteurs préférant même Bled pour cette raison précise. L’eau y est également plus fraîche qu’à Bled, entre 18 et 24°C selon les sources et la période, contre des pointes à 26°C côté Bled, un lac réputé parmi les plus chauds des Alpes. Question de priorités : à Bled, on bronze entre deux selfies ; à Bohinj, on nage dans une eau qui pique un peu, entouré de sommets qui montent à plus de 2 800 mètres, sans personne pour vous marcher sur les pieds.

Le vrai luxe, aujourd’hui, en Slovénie, ce n’est plus l’hôtel avec vue sur château. C’est de pouvoir poser sa serviette sans négocier son mètre carré de rive.