Cent quatre-vingt-treize mille kilomètres carrés d’eau, de boue et de bêtes tapies dans les hautes herbes : voilà le Pantanal, cette zone humide brésilienne qui fait de l’ombre à l’Amazonie pour un objectif précis, apercevoir un jaguar sauvage. Pendant que les touristes s’entassent dans des pirogues amazoniennes en espérant deviner une silhouette dans la canopée, une poignée de lodges situés le long de la rivière Cuiabá affichent des taux de réussite qui feraient pâlir n’importe quel safari africain.
À retenir
- Les taux d’observation des jaguars au Pantanal dépassent 95% en haute saison, bien au-delà des rêves amazoniennes
- La population de jaguars habitués aux touristes a explosé de 29 à 130 individus en une décennie
- Le Pantanal risque de devenir victime de son succès touristique croissant
Sommaire
Un taux de réussite qui frôle la garantie
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils sont vérifiés par plusieurs opérateurs indépendants. Sur un safari fluvial de 3 à 4 jours dans le Pantanal nord, dans la zone de Porto Jofre et de la rivière Cuiabá, pendant la saison sèche de juillet à octobre, la probabilité de voir au moins un jaguar atteint 80 à 95%. Un autre guide spécialisé confirme cette fourchette, en précisant que le taux d’observation du jaguar dans le nord du Pantanal, autour de Porto Jofre, est extraordinaire : 70 à 90% des voyages de plusieurs jours se soldent par une observation.
Certains lodges vont encore plus loin dans leurs promesses. Un guide local cité par une enquête récente affirme que « nous avons maintenant entre 1 000 et 1 100 observations par an, avec entre 98 et 100% des visiteurs qui voient un jaguar ». De quoi transformer un rêve de photographe animalier en quasi-certitude statistique. Pour mettre ce chiffre en perspective, imaginez réserver un vol en espérant voir des aurores boréales avec 98% de chances de succès. C’est le niveau de fiabilité qu’offre désormais cette portion du Pantanal, à des années-lumière de l’aléatoire amazonien.
La saison compte énormément. La saison sèche, de juin à octobre, est la meilleure période pour visiter le Pantanal, ces mois étant les plus frais avec une végétation moins dense, ce qui permet une observation optimale de la faune. Le mécanisme est simple : l’eau se raréfie, les proies se concentrent, les prédateurs suivent. La saison sèche, de juillet à octobre, est la meilleure période de l’année pour repérer les jaguars au Brésil, car la raréfaction des pluies concentre les proies et rend les observations plus fréquentes.
Pourquoi l’Amazonie déçoit (souvent)
Le malentendu touristique dure depuis des décennies. On associe instinctivement forêt tropicale dense et faune sauvage abondante, alors que c’est l’inverse qui se produit. Un guide de voyage au ton sans détour résume la situation avec une franchise rare dans le secteur : tout le monde rêve de l’Amazonie, la plupart repartent déçus, car c’est une jungle dense, magnifique certes, mais où l’on entend les animaux bien plus qu’on ne les voit.
Le Pantanal fonctionne à l’inverse. Ici, pas de canopée impénétrable mais un paysage ouvert où durant la saison sèche de juin à octobre, les animaux se concentrent autour des points d’eau qui rétrécissent : jaguars, loutres géantes, aras hyacinthes, capybaras, caïmans, on peut tous les voir en une seule sortie matinale en bateau. La topographie plate et les cours d’eau navigables offrent une visibilité que la forêt dense ne permettra jamais.
Le comportement même des félins a changé. Il y a vingt ans, les jaguars fuyaient toute présence humaine, conséquence directe des conflits avec les éleveurs. Il y a vingt-deux ans, quand un des premiers guides a commencé à emmener des touristes en bateau pour observer les jaguars, la région était encore considérée comme un no man’s land inhospitalier, et un conflit sanglant opposait jaguars et pantaneiros, les habitants locaux, les éleveurs empiétant sur le territoire de chasse des félins. Aujourd’hui, la donne a radicalement changé : le nombre de jaguars habitués à la présence humaine est passé de 29 en 2013 à 130 en 2023, soit une hausse de plus de 400%, selon le Jaguar ID Project. L’économie du tourisme a fait ce que la loi n’avait pas réussi à imposer.
Où aller et comment s’organiser
Deux portes d’entrée principales structurent le Pantanal brésilien. Pour le Pantanal nord, on rejoint l’aéroport international de Cuiabá (CGB), puis on effectue un transfert en 4×4 le long de la Transpantaneira jusqu’à Porto Jofre, comptant 6 à 8 heures ; pour le Pantanal sud, on atterrit à Campo Grande (CGR), suivi d’une route vers les lodges près d’Aquidauana ou de la région du Rio Negro. C’est bien le secteur nord, autour de Porto Jofre, qui concentre les meilleurs scores de réussite, grâce à la densité inégalée de population féline le long des rivières Cuiabá, Piquiri et Três Irmãos.
Côté budget, mieux vaut prévoir large. Un safari de trois nuits dans le Pantanal pour observer les jaguars coûte environ 900 à 1 500 dollars par personne en houseboat partagé, incluant hébergement, tous les repas et safaris fluviaux guidés. La durée du séjour compte tout autant que la saison choisie : un minimum de 4 à 6 jours dans la zone de Porto Jofre est recommandé, car c’est là que la densité de jaguars est la plus élevée. Réserver longtemps à l’avance n’est pas un conseil superflu, tant la demande explose ces dernières années dans cette région autrefois confidentielle.
Reste une question que peu de brochures abordent frontalement : cette réussite touristique a un revers. Des chercheurs et guides locaux s’inquiètent désormais d’un phénomène de surfréquentation, craignant que « le Pantanal risque de devenir victime de son propre succès », selon les mots d’un coordinateur du programme de conservation Panthera au Brésil. la prochaine bataille ne se jouera plus sur la capacité à voir un jaguar, mais sur celle à préserver un espace où cette rencontre reste possible sans dénaturer l’animal ni son habitat.
Sources : naturalworldsafaris.com | flashpackerconnect.com
