in

On pense Hong Kong écrasée par les gratte-ciel, pourtant 40 % du territoire est un parc de campagne accessible en bus

Rate this post

Quarante pour cent. C’est la part du territoire hongkongais classée en parc de campagne, un chiffre qui contredit frontalement l’image de forêt de gratte-ciel collée à la ville depuis des décennies. Environ trois quarts des terres sont de la campagne et 40 pour cent de la superficie totale de Hong Kong, soit 435 kilomètres carrés, sont protégés dans les limites de 24 parcs de campagne. Un ratio que même Singapour ou Tokyo n’approchent pas, dans une ville pourtant réputée pour sa densité verticale record.

Le paradoxe tient à la géographie. Les développements urbains et agricoles à Hong Kong sont intensifs et spatialement concentrés sur un quart du territoire, laissant une zone montagneuse considérable, largement vide et intacte, en accès libre. les 7,5 millions d’habitants s’entassent sur une bande côtière étroite, tandis que l’arrière-pays reste quasiment sauvage. Avec une superficie de seulement 1 108 kilomètres carrés, seuls 25 % du territoire hongkongais ont été développés, le reste étant laissé dans un état relativement naturel. Ajoutez les zones spéciales et autres terrains protégés, et l’on grimpe à 75 % de couverture campagnarde, une proportion que peu de métropoles mondiales peuvent revendiquer.

À retenir

  • Quarante pour cent du territoire hongkongais est protégé en parc de campagne—une proportion que peu de métropoles mondiales revendiquent
  • Le MacLehose Trail, 100 km de randonnée à travers huit parcs, est accessible en bus depuis le centre-ville en moins d’une heure
  • La surfréquentation récente révèle un paradoxe : la nature hongkongaise séduit tellement qu’elle risque d’être étouffée par son succès

Un héritage colonial pensé pour durer

Cette ceinture verte ne doit rien au hasard. Elle est née d’une décision politique rapide, prise dans les années 1970 sous la pression de l’urbanisation galopante. La croissance démographique rapide, l’empiètement urbain et l’usage récréatif non planifié menaçaient d’engloutir et de ruiner la campagne à partir des années 1960, poussant à l’initiative tardive d’un programme de parcs de campagne en 1972, rapidement mené à terme puisqu’en 1979, 40 % du territoire était déjà désigné. Sept ans pour verrouiller presque la moitié du territoire : peu de gouvernements auraient osé un tel arbitrage aujourd’hui, sous la pression foncière.

L’homme derrière cette fondation s’appelle Murray MacLehose, gouverneur britannique et randonneur convaincu. Il a piloté un programme qui a conduit à l’ordonnance sur les parcs de campagne de 1976, avec 21 parcs désignés en seulement trois ans. Son nom a été donné au sentier le plus emblématique de la ville, le MacLehose Trail, qui traverse justement ce patrimoine qu’il a contribué à sauver. La liste des parcs continue de s’allonger : le plus récent, Robin’s Nest, dans le nord des Nouveaux Territoires, a été créé le 1er mars 2024, avec des habitats naturels notables incluant des sous-bois secondaires, des landes arbustives et des prairies d’altitude.

Des sentiers accessibles sans voiture ni équipement extrême

Le vrai tour de force, c’est l’accessibilité. Pas besoin de 4×4 ni de guide spécialisé : le réseau de bus urbain dépose directement les visiteurs aux portes de la nature. Le MacLehose Trail en est l’exemple parfait. Long de 100 kilomètres et divisé en dix sections de 5 à 16 kilomètres chacune, il est classé facile à modéré, avec des routes de surface et des chemins de colline bien signalisés. Il relie pas moins de huit parcs de campagne d’affilée, de Sai Kung à l’ouest jusqu’à Tuen Mun, en passant par des sommets qui dominent la baie.

Pour rejoindre le point de départ de la section 1, à Pak Tam Chung, les transports publics desservent le début via les bus 94 ou 96R, et l’arrivée à Pak Tam Au via les mêmes lignes. Un trajet qui, depuis le centre-ville, prend rarement plus d’une heure. Ce qui frappe le plus les randonneurs habitués à d’autres pays, c’est la facilité de sortie en cours de route. Le meilleur atout du MacLehose Trail, c’est la facilité avec laquelle on peut interrompre ou reprendre le parcours, le métro et les bus le traversant si bien qu’on n’est jamais vraiment coincé en pleine nature. Concrètement, un randonneur fatigué après trois heures de marche peut simplement rejoindre un arrêt de bus et rentrer dormir dans son lit le soir même.

Cette logistique légère change complètement le rapport à la randonnée. Là où d’autres destinations imposent navette organisée, réservation de parking ou logistique de plusieurs jours, Hong Kong permet l’improvisation. On part un dimanche après-midi sans plan précis, on descend du bus, on marche deux heures avec vue sur mer de Chine méridionale, puis on remonte dans un bus pour rentrer diner en ville. Cette souplesse explique en grande partie l’engouement local des dernières décennies.

Une popularité qui a explosé chez les Hongkongais eux-mêmes

Les habitants ne s’y sont pas trompés. Parmi tous les répondants d’une enquête territoriale, 56,1 % ont visité un parc de campagne au moins une fois dans l’année écoulée. Et les pratiques ont profondément changé de nature. Le pourcentage de visiteurs pratiquant la randonnée a presque quadruplé, passant de 12,6 % entre 1982 et 1991 à 47,0 % en 2018, tandis que le barbecue, autrefois activité reine, a nettement reculé. Signe d’une génération qui troque la glacière contre les bâtons de marche.

Les chiffres de fréquentation totale donnent le vertige. En 2017, environ 13 millions de visites ont été recensées à travers l’ensemble des parcs de campagne. Rapporté à une population locale de moins de 7,5 millions d’habitants, cela représente quasiment deux visites par résident et par an, touristes inclus. Ce succès n’est pas sans revers : certains sites à forte intensité récréative souffrent de surfréquentation, avec jusqu’à plusieurs milliers de visiteurs sur les week-ends les plus chargés, ce qui use les sentiers et complique la gestion de la biodiversité.

Le débat n’est d’ailleurs jamais totalement clos. Face à la pénurie chronique de logements, certains responsables politiques ont, à plusieurs reprises, suggéré de céder une partie de ces terres protégées pour construire de nouvelles tours résidentielles, une idée qui reste largement rejetée par l’opinion publique. Pour l’instant, la ceinture verte tient bon, et chaque nouveau parc désigné, comme celui inauguré en 2024, prouve que la logique de MacLehose continue, presque cinquante ans plus tard, de guider l’aménagement du territoire.