Cuenca affiche un rythme de visite qui n’a rien à voir avec celui des plages espagnoles en juillet. Perchée sur un éperon rocheux à moins de 170 kilomètres de la capitale, cette cité de Castille-La Manche reste largement épargnée par la cohue estivale, alors même que ses maisons suspendues au-dessus du vide constituent l’une des images les plus photographiées d’Espagne. Le contraste est frappant : pendant que Barcelone ou les Baléares croulent sous les touristes, Cuenca continue de vivre à son propre tempo.
À retenir
- Une destination UNESCO à 1h de train de Madrid reste étrangement désertée par les foules
- Ses maisons flottantes au-dessus du vide figurent parmi les images les plus emblématiques d’Espagne, mais peu y vont
- Pendant que l’Espagne bat des records de tourisme, Cuenca cultive le secret en toute tranquillité
Sommaire
Une pépite UNESCO à portée de train
Le trajet ne demande aucun effort particulier. Des trains à grande vitesse relient la gare d’Atocha à Madrid et Cuenca en moins d’une heure, la gare AVE de Cuenca étant baptisée « Fernando Zóbel » et se situant à environ six kilomètres du centre-ville. Plusieurs dizaines de rotations sont proposées chaque jour, avec des billets accessibles dès une poignée d’euros pour les réservations anticipées.
La ville a obtenu sa reconnaissance internationale il y a près de trente ans. La cité fortifiée historique de Cuenca est située sur un promontoire entre les gorges des rivières Huécar et Júcar, et ses rues escarpées, témoins intacts de son passé médiéval, lui ont valu d’être reconnue site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996. L’appellation « ville-paysage » n’est pas galvaudée : ici, l’urbanisme et la géologie se confondent au point de créer un décor presque irréel.
Le symbole absolu de Cuenca, ce sont ses fameuses casas colgadas. Ces trois maisons palatiales suspendues dans le vide sont l’emblème de la ville : datant du 14e siècle, elles sont uniques car leurs balcons, faisant saillie sur la corniche rocheuse, donnent la sensation de flotter dans le vide. À l’époque médiévale déjà, la ville rivalisait d’audace architecturale. De l’autre côté des gorges du Huécar se dressent de véritables gratte-ciel médiévaux, certains atteignant jusqu’à dix étages, uniques en Espagne et en Europe, nés du besoin de gagner de l’espace dans une ville coincée entre deux ravins. Difficile de croire que ces immeubles filiformes comptaient, à leur construction, parmi les plus hauts d’Europe.
Pourquoi les foules boudent encore cette ville
Le paradoxe mérite qu’on s’y attarde. Cuenca coche pourtant toutes les cases de la destination idéale : patrimoine classé, paysages spectaculaires, gastronomie locale, et une accessibilité ferroviaire meilleure que celle de bien des stations balnéaires. Un blogueur installé en Espagne depuis huit ans résume bien ce désintérêt persistant : « Trop proche pour dépayser, trop discrète face aux géants comme Tolède ou Ségovie ». Cuenca souffre d’être l’ombre de ses voisines plus médiatisées, alors qu’elle n’a rien à leur envier.
Le calme relatif de la ville se ressent jusque dans les avis de visiteurs. Un promeneur décrivant l’un des points de vue les plus prisés notait simplement « The top scenic in Cuenca. With less tourists and crowd ». Une rareté, à l’heure où la moindre terrasse madrilène ou barcelonaise affiche complet.
Ce creux de fréquentation intervient alors que l’Espagne bat des records d’affluence. La fréquentation touristique du pays demeure en hausse en 2026, avec près de 26,6 millions de visiteurs internationaux accueillis de janvier à avril, soit 3,4 % de plus qu’un an auparavant. Cette pression touche en priorité les littoraux et les grandes métropoles, où le ras-le-bol s’organise désormais en actions concrètes. Plutôt qu’une journée nationale unique, le mouvement anti-surtourisme avance ville par ville cet été, des Baléares au nord du pays, sous forme d’une série de mobilisations que la presse espagnole résume par l’expression du « goutte-à-goutte constant ». Cuenca, elle, reste totalement à l’écart de ces tensions.
Que faire une fois sur place
Une journée suffit pour un aperçu, mais le week-end complet s’impose pour qui veut prendre son temps. La Plaza Mayor sert de point de départ naturel, encadrée par la cathédrale et l’hôtel de ville. Bâtie sur le site d’une ancienne mosquée arabe, la cathédrale a été commencée à la fin du 12e siècle et achevée au milieu du 13e, ce qui en fait la première cathédrale gothique de Castille, construite dans un style anglo-normand. Non loin, le pont de San Pablo offre l’angle de vue classique sur les maisons suspendues, avec ses fondations remontant au XVIe siècle.
Les amateurs de sensations fortes trouveront de quoi s’occuper au-dessus du vide, justement. Une double tyrolienne urbaine de 445 mètres, culminant à 120 mètres de hauteur et filant à 75 km/h, est présentée comme la plus longue d’Europe dans sa catégorie. Les gorges du Huécar et du Júcar se prêtent aussi à de longues randonnées, loin de toute foule, avec vue imprenable sur les falaises calcaires qui ont donné son nom à la ville.
Côté culture, Cuenca cultive une identité artistique méconnue. La ville abrite le Musée d’art abstrait espagnol, installé dans l’une des maisons suspendues elles-mêmes, ainsi qu’une université fondée dès le début du XIIIe siècle. Son université, inaugurée en 1218, est la plus ancienne d’Espagne et la quatrième d’Europe. Un détail qui surprend souvent les visiteurs venus uniquement pour la photo des maisons flottantes, et qui repartent avec l’impression d’avoir découvert bien plus qu’un décor de carte postale.
La population locale, environ 53 000 habitants selon les données disponibles, vit à un rythme bien différent des stations côtières saturées en août. Reste une question simple pour qui prépare son été : pourquoi s’entasser sur une plage bondée quand une ville classée à l’UNESCO, à une heure de train de Madrid, offre calme et dépaysement pour le prix d’un aller-retour en train régional ?
Sources : aurisway.com | vanupied.com
